Sep 10

W.Eugène Smith_The walk to paradise garden !

W.Eugène Smith_The walk to paradise garden !

L’altérité du temps, dans l’analyse des évènements, nous porte à la réflexion, à l’admiration ou à la critique. Or, il nous faut faire face actuellement à une tendance lourde d’ignorance et d’indifférence portés par l’addiction à la consommation. La présentation du spectacle du monde démontre tous les jours la perte de l’idéal d’universalité et de son unité planétaire.

Le sens commun est à retrouver d’urgence pour se réapproprier l’histoire, notre histoire.

Celle du genre humain sur la planète Terre.

Voici donc une analyse à découvrir pour enrichir le débat. Bonne lecture !

Y.B.

Stratagèmes du changement,
de l’illusion de l’invraisemblable à l’invention des possibles,
chapitre IV, août 2008
(Paru aux
Éditions Libertaires / Courtcircuit-diffusion).

«L’analyse qui s’oriente dans l’univers réifié du discours de tous les jours, qui désigne ce discours et l’interprète avec les termes de cet univers réifié, fait abstraction du négatif, de ce qui est autre et antagonique, de ce qui ne peut pas être appréhendé avec les termes de l’usage établi. En classant et en distinguant les sens, en les séparant, elle prive la pensée et le langage des contradictions, des illusions, des transgressions. Mais les transgressions ne sont pas celles de la « raison pure ».

Elles ne sont pas des transgressions métaphysiques qui vont au delà des limites de la connaissance possible, elles débouchent plutôt sur un domaine de la connaissance qui se situe au delà du sens commun et de la logique formelle. En se fermant l’accès à ce domaine, la philosophie positive érige un monde qui se suffit à lui-même, fermé, bien protégé contre l’intervention des facteurs externes perturbants. »
Herbert Marcuse, One-dimensional man, 1964, Trad. fr. L’homme unidimensionnel, 1968.

Notre problème est de nous poser la question du changement dans un domaine où il n’y a pas d’autre solution que la continuité conservatrice de l’illusion d’un changement permanent. Le mensonge de cette question s’impose partout où la seule vérité est celle du profit tiré de l’exploitation d’autrui.
« Tel est le consentement mutuel à ce que rien ne change parce que seule change la présentation du spectacle. Le constat du monde ignore le regard de la vie, le changement de perspective, l’aube du dépassement. »
Raoul Vaneigem, Journal imaginaire, 2006.

La société de la marchandise toute puissante, occupe totalement le terrain de notre époque. Son discours médiatique a envahi tout l’espace disponible. Tout ce qui apparaît, comme objet de son marché de dupe, passe pour objectivement vrai, donc indiscutable. Tout projet de dépassement ne peut y être qu’irréel et inconcevable. Toute contestation n’est acceptable que si elle n’a aucune conséquence sur le système, ne remettant en question que des détails de gestion.
Dans cette représentation universelle totalitaire, tout le monde est pour le changement, mais il n’est que boniments publicitaires. Tout changement n’y est effectivement qu’un réaménagement apparent des modalités de fonctionnement de quelques particularités mises en avant-scène pour occuper la galerie. Le changement en action y a perdu sa signification opérationnelle.
« L’auto-détermination ne sera effective que lorsqu’il n’y aura plus des masses mais des individus libérés de toute propagande, de tout endoctrinement, de toute manipulation, qui seront capables de connaître et de comprendre les faits, d’évaluer enfin les solutions possibles. »
Herbert Marcuse, L’homme unidimensionnel, 1968.

Dans le règne du spectacle intégré, le discours de l’information se présente comme la seule cohérence possible, parce qu’il est conforme au fonctionnement de la société marchande. Ce qui est économiquement correct ne peut-être critiqué, car c’est la seule objectivité logiquement admise. Ce discours est le passage obligé pour devenir visible ou audible. Ayant aboli toute remise en cause de son point de vue, il s’est approprié tous les médias, tous les organes de presse comme moyen de pression sans limite. Sortir de ce cadre totalitaire de la pensée équivaut à s’exclure de la société comme malade malfaisant. Ce discours domine tous les autres en les englobant et s’impose comme la symbiose des idéologies, des politiques et des religions dans l’apparence perpétuelle d’un spectacle permanent. L’illusion d’exister au cœur de son époque, passe par la soumission sans réserve à cette divinité universelle, mystification d’un abêtissement uniformisé.
Tous ces arrivistes besogneux qui se prennent pour des artistes, ne recherchent en fait, qu’un moment de pouvoir sur la scène des apparences trompeuses. Dans cette course folle au premier rôle pour un petit morceau de célébrité, chacun cherche encore à s’accaparer sa petite minute de gloire en apparat de pacotille sous les projecteurs, dans l’éphémère mise en scène truquée de bouts de ficelle et d’effets d’artifices. Dans les rayons de ce supermarché du show business, chacun s’approprie son idole pour fantasmer sur son existence par procuration, du fond de sa solitude sans lendemain.

Pour ne plus se laisser piéger par nos représentations étalées en marchandises, il nous faudra élargir le cadre restreint de ce qui s’affiche, imaginer ce qui se passe derrière l’objectif, voir comment on s’affaire dans les coulisses, comprendre comment tourne cette machinerie avec ses truquages, ses tromperies et ses techniques de manipulation. La mise en scène de nos interprétations sépare les acteurs spécialistes des spectateurs consommateurs d’illusions, passifs et soumis à cette société totalitaire. La vie est abstraite d’elle-même. Seul est vécu ce qui est vu, le reste n’a d’existence que dans le vide de la contemplation. Cette servitude volontaire au salut par la marchandise n’est que la sanctification de la vie sacrifiée à l’économie.

Cette mise en scène publicitaire du capitalisme financier, apparaît comme une immense accumulation de marchandises spectaculaires, où l’on ne peut parler que le langage même de ce spectacle, rendant tout changement de perspective apparemment illusoire. Le spectacle, comme nous l’a fait comprendre Guy Debord, n’est pas un ensemble d’images mais un rapport social entre des personnes, médiatisé par des images. C’est une vision du monde qui s’est objectivée. Tout ce qui était directement vécu s’est éloigné dans une représentation.
Le spectacle est le sens de la pratique de l’économie de la société, son emploi du temps. Il se présente comme une positivité démesurée indiscutable et inaccessible. Par principe, il exige l’acceptation passive, sans réplique, qu’il a déjà obtenue effectivement par son monopole de l’apparence. Reflet fidèle de la production de toute chose, qu’il s’accapare comme objet de son marché, le spectacle est le discours que sa dictature tient sur elle-même, son monologue publicitaire élogieux. Il soumet les hommes lorsque l’économie les a totalement asservis. Il n’est rien que l’économie se réalisant par elle-même, pour elle-même. Au moment où la marchandise occupe tous les aspects de la vie, le travail est transfiguré en travail marchandise, le monde transformé en monde de l’économie, et l’économie politique en science de sa domination.

L’homme séparé du produit de son travail dont il est dépossédé, se retrouve séparé de son monde. C’est alors que se perd tout point de vue unitaire sur l’activité accomplie, toute communication personnelle directe. Au moment où les prolétaires se prennent pour des bourgeois, la réussite du système économique de la séparation est la prolétarisation des populations, dans l’isolement généralisé et l’abondance de la dépossession. Comme langage commun de la séparation, le spectacle est la perte de l’unité du monde, dont le mode d’être concret est l’abstraction.

Du point de vue du spectacle, il n’y a pas de points de vue car tout ce qui y apparaît est la réalité, la seule possible. Le vrai est un rôle de la représentation du faux. Le faux sans réplique a fait disparaître l’opinion.
« Si tu regardes longtemps dans l’abîme, l’abîme regarde en toi. »
Friedrich Nietzsche, Par-delà le bien et le mal, 1886.

Nous sommes entrés dans le temps de l’absence et de son spectacle, qui occulte les possibilités d’un dépassement possible.
Sous le conditionnement du faux et de la fourberie qu’assure l’organisation de l’apparence, le spectacle intègre l’effacement des limites du vrai et du faux par le refoulement de toute vérité réellement vécue. Celui qui subit passivement son sort, étranger dans son quotidien, recourant à des croyances et des techniques magiques, est en permanence poussé vers la folie pour compenser ce sort. Séparé artificiellement de l’emploi de son existence, sa psychose émergente altère en retour la perception de son monde, où il divague en pleine schizophrénie, plongeant dans une réalité dogmatique fondée sur ce qu’il n’est pas.

La consommation de marchandises aux vertus illusoires, ainsi que l’obsession d’une reconnaissance dans ce non-monde de l’apparence, sont au centre de cette réponse à une communication solitaire sans réponse.
« La société du spectacle avait partout commencé dans la contrainte, dans la tromperie, dans le sang; mais elle promettait une suite heureuse. Elle croyait être aimée.
Maintenant, elle ne promet plus rien. Elle ne dit plus : « Ce qui apparaît est bon, ce qui est bon apparaît ». Elle dit simplement « C’est ainsi ». Elle avoue franchement qu’elle n’est plus, dans l’essentiel, réformable ; quoique le changement soit sa nature même, pour transmuter en pire chaque chose particulière. Elle a perdu toutes ses illusions générales sur elle-même. Tous les experts du pouvoir, et tous leurs ordinateurs, sont réunis en permanentes consultations pluridisciplinaires, sinon pour trouver le moyen de guérir la société malade, du moins pour lui garder autant que faire se pourra, et jusqu’en coma dépassé, une apparence de survie… Les jours de cette société sont comptés ; ses raisons et ses mérites ont été pesés, et trouvés légers ; ses habitants se sont divisés en deux partis, dont l’un veut qu’elle disparaisse. »
Guy Debord,
Préface à la quatrième édition italienne de La société du spectacle, 1979.

Au moment où la société découvre qu’elle dépend de l’économie, celle-ci, en fait, dépend d’elle. Dès que les populations comprennent qu’elles ont perdu tout pouvoir de choix sur l’emploi de leur vie, elles se reconnaissent comme le négatif en devenir, détermination d’une humanité qui aspire à devenir souveraine. La puissance de la vie se réalisant, dissoudra la spécialisation, la hiérarchie et la séparation, là où les conditions d’existence se transforment en relations vivantes d’une unité réinventée.
La capacité pratique à dissoudre toute séparation peut se réaliser par une démocratie directe se contrôlant elle-même, là où les individus se réapproprient leur histoire par leur propre nature, là où la communication sans vérités préconçues, se construit pour vivre ses propres conditions d’existence. »

Lukas Stella

(Source : site internet http://inventin.lautre.net)

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Sep 09

Voici un conte, enthousiasmant, captivant et étincelant de subtilités sur notre contemporanéité.

Il nous invite l’air de rien au débat, à l’échange, à l’écoute, au questionnement.

 Il se raconte et vous interpelle.

Il appelle à la responsabilité de chacun, à l’unité des citoyens planétaires pour mieux appréhender la place de l’humanité dans la biosphère et ce faisant… prendre soin de la Terre, si belle !

 

 

 

De l’Air !

 

C O N T E  É C O L O G I Q U E

Par Benoît Saint Girons

 

 « Quand le dernier arbre sera abattu,
 la dernière rivière empoisonnée,
le dernier poisson pêché,
 alors vous découvrirez que l’argent ne se mange pas.
»

 

Proverbe Cri (Indiens du Canada)

 

 

Ce conte est GRATUIT afin de pouvoir toucher le maximum de citoyens.

 

Si vous le trouvez pertinent, MERCI de le transmettre autour de vous.

 

Plus de détails sur l’opération Lib’airté sur le site du Mendiant :

 

http://www.lemendiant.fr

 

L E S   C O N T E S   A   R E B O U R S   D U   S Y S T E M E
Le pire n’est pas une fatalité. Parlez-en autour de vous !


 

Ce conte est inspiré de plusieurs idées originales de mon
frère Antoine. Qu’il en soit ici remercié.

 

 

 

 

Quelques commentaires reçus, à destination des indécis…

 

« “De l’air” est simplement un conte magnifique, plus éloquent et plus efficace que tous les speech politiques. C’est beau, c’est haut, bravo! » Mahamane El hadji TOURE, Association Action Jeunes Mali, Avril 2008 )

« Non seulement votre conte a été diffusé mais apprécié par notre entourage. […]Continuez à dénoncer l’aspect irrespectueux de notre monde de cette manière satiro-comique, vous faites partie des catalyseur dont nous avons besoin. »(Thierry L., Avril 2008)

« J’ai téléchargé “De l’air” … L’ai lu … L’ai diffusé ! Mille bravos … Ca fait plaisir de savoir qu’il existe des textes comme celui ci ! » (Cédric, Mars 2008)

« Ce conte est vraiment une merveille : pertinent et écrit avec talent, en pointant là où cela fait mal. Félicitations, je vous souhaite de trouver un moyen de le diffuser pour que davantage de personnes soient informées de ce qui se passe réellement dans la société… » (Nicolas H, Février 2008)

« Quelle énergie : super, excellent…continuez…continuons… Merci. » (Christophe G, Février 2008)

« J’ai adoré! J’ai déjà distribué une dizaine d’exemplaires à mon entourage…
J’ai beaucoup apprécié la manière de faire passer le message écologique,
empli d’humour, de satires, de jeux de mots.
Félicitations ! » (Estelle, Janvier 2008)

 « J’ai vraiment été touchée! […] Et honnêtement, ce petit conte est encourageant! […] Au delà de l’écologie au sens strict, il aborde vraiment tous les thèmes qui font notre système (et quel système!!) aujourd’hui.  […] Il est bon de se remémorer tout ça de temps en temps. » (Sabrina N., Janvier 2008)

« Merci pour cette histoire qu’il conviendrait de faire connaître dans les écoles.
J’ai particulièrement apprécié l’humilité des personnages en face de leurs propres contradictions qui les conduit à transcender quelques-unes de leurs valeurs pour une cause dont ils ressentent l’urgence […]
»  (Jacques M., Novembre 2007)

 

« J’ai lu votre conte écologique avec beaucoup de plaisir et je l’ai énormément apprécié. Il rejoint et confirme mes propres impressions au sujet du système. J’ai pu le faire connaître à d’autres qui donneront suite je l’espère. […] Votre travail importe énormément pour l’avenir et mérite certainement d’être continué et développé.» (Pierre-Marc N., Novembre 2007)

« Je viens de lire “de l’air”. Je trouve que cela peut être un excellent outil pour détecter autour de soi ceux qui sont (partiellement ou déjà bien) éveillés.» (Fabrice M., Octobre 2007)

« J’ai découvert le conte écologique grâce à une connaissance qui avait mon adresse e-mail. J’ai dévoré l’histoire et j’ai pensé, beaucoup pensé!!! Envie de changer plein de choses évidemment!Je n’ai pas manqué non plus de l’envoyer à toute ma liste de contacts. » (Cendrine Z., Septembre 2007)


AVERTISSEMENT

 

«Rien n’est plus gênant que les faits, ils empêchent de croire ce que l’on veut.» disait Claude Roy.

Lisez donc la petite histoire dans son intégralité avant de revenir éventuellement sur les données techniques en bas de pages. Il ne faudrait pas gâcher le plaisir de la lecture…

Pourquoi ne pas les avoir regroupées en fin de livre ?  Mais parce qu’elles seraient alors trop déconnectées de l’histoire ! Et puis, vous lisez souvent les notes de fin de livre, vous ? Moi pas !

Histoires et faits chemineront donc en parallèle. Sans les faits, l’histoire manque de poids, de contact avec la réalité. Sans histoire, les faits ne s’adressent généralement qu’à un public averti. Il existe des livres admirables sur chacun des sujets abordés ici mais combien les lisent ?

L’idée derrière ce conte à rebours (du système) gratuit est de toucher le plus large public possible. De ce point de vue, une petite histoire distrayante pourrait se révéler plus percutante qu’un long pavé.  Ce sera en tout cas, je l’espère, une opportunité de lancer la réflexion…

 

Excellente lecture à toutes et à tous !


L’ARRIVEE

 

On n’avait pas vu cela depuis le 11 Septembre: durant une dizaine d’heures, la Terre s’arrêta presque de tourner. Juste le temps, pour les Occidentaux, de reprendre leur souffle…

 

Tout le monde se précipita sur les images de la télévision : trois énormes engins étaient stationnés au dessus de la forêt amazonienne. Trois sinistres cylindres en forme de gros Zeppelin métalliques.

 

Les journalistes et les experts soulignaient avec beaucoup d’emphase qu’ils n’avaient pas grand chose à dire :

 

Les radars attestent de la présence des engins au dessus du Brésil mais d’autres ont été détectés en orbite terrestre… Leur taille est d’environ trois terrains de football de long sur deux de large…

 

Les vaisseaux sont en position stationnaire. Aucune activité n’a pour le moment été détectée…

 

Le gouvernement est en réunion de crise et invite la population à garder son calme. L’armée est en état d’alerte…

 

Les intentions de ces visiteurs sont inconnues mais leur choix d’une zone peu peuplée pourrait signifier des intentions scientifiques… L’aspect des vaisseaux ne présente, en l’état, rien de menaçant…

 

Enfin nous savons : nous ne sommes pas seuls dans l’univers…

 

La caméra alternait entre des zooms sur la carlingue des vaisseaux et des plans larges sur la mer végétale, quelques centaines de mètres en dessous.

 

L’importance de l’événement fut corroborée par l’absence de coupure publicitaire. Aucune marque, aucun logo, aucun sponsor n’importunèrent la retransmission : un vrai phénomène extraterrestre !

 

Mais, pour le coup, on s’ennuyait ferme…

 

«Il se passe quelque chose !» hurla soudain le commentateur, provoquant quelques palpitations chez les téléspectateurs assoupis.

 

Un trou béant se forma sous chaque vaisseau…

 

… et les monstrueux tuyaux à entonnoirs apparurent.

 

Le journaliste ne put s’empêcher de jurer : «Non mais ce n’est pas vrai… C’est incroyable… Ces salopards viennent nous pomper notre air !»


MANIFESTATIONS

 

Les crises d’asthme et de toux se multiplièrent. L’idée que le poumon de la planète était progressivement vidé de son oxygène avait marqué les esprits. Chiffres à l’appui, les ponctions des «visiteurs» semblaient considérables.

 

Selon les sondages, 63.4% de ceux qui avaient assisté à la scène notèrent une dégradation de la qualité de l’air. Le pourcentage grimpa même jusqu’à 86% dans certaines villes. Près de 22% des sondés affirmèrent en outre éprouver une gêne respiratoire.

 

Des centaines de milliers de personnes descendirent ainsi spontanément dans les rues pour réclamer du gouvernement des mesures rapides et concrètes : imposer un moratoire sur le pillage des ressources terrestres, renvoyer les envahisseurs chez eux et, pour faire bonne mesure, garantir une fois pour toutes à chaque citoyen un air de qualité !

 

C’est à cette occasion qu’Hélène Loutrevil fut interviewée pour la première fois. Saillante trentenaire, elle brandissait une pancarte dont le slogan allait bientôt être repris dans tout le pays : «De l’air !» Elle fut présentée comme la présidente de l’Association Lib’Airté.

 

– Pourquoi manifestez-vous, lui demanda le journaliste ?

– Je suis dans la rue parce que je n’aime pas du tout le programme qui passe en ce moment à la télé, répondit la jeune femme.

– Et vous pensez pouvoir le changer ?

– Maintenant que vous me donnez la parole, peut-être bien, oui ! J’aimerais ainsi lancer un appel à tous les téléspectateurs qui nous regardent et souhaitent continuer à respirer librement : venez nous rejoindre ! On respire mieux dans la rue de toute façon… [1]

– Votre slogan «De l’air !», à qui s’adresse-t-il ?

– Il s’adresse d’abord, c’est évident, à ces sangsues intergalactiques : rentrez chez vous, du vent, du balai, de l’air ! Malheureusement, comme je doute que ces vampires comprennent nos injonctions – aussi amicales soient-elles – cela s’adresse aussi à nos gouvernants : à défaut de nous débarrasser de ces parasites, travaillez au moins à limiter les sources de pollution. La respiration est un droit absolu et nous entendons libérer l’air de toutes les saloperies terrestres ou extra-terrestres qui s’y trouvent. C’est cela la lib’airté !

– Vaste programme…

– L’astrophysicien Hubert Reeves a dit que la pollution n’était pas un gros problème mais six milliards de petits problèmes.[2] Un gros problème, cela l’est pourtant devenu depuis hier ! Allons-nous laisser pomper nos vies sans réagir ? Il n’en est pas question !

– Le ministre de l’écologie Claude Egrella vient d’assurer que l’air restait en quantité et en qualité bien suffisante, que l’activité des “visiteurs” était pour le moment imperceptible et que les scientifiques trouveraient nécessairement des solutions…

– C’est sa vérité et je suis sûre qu’il la partage, répondit Hélène. Pour ma part, je ne m’autoriserai pas à faire de commentaire sur la température sans disposer d’un thermomètre fiable. Or, comme vous le savez, les critères adoptés pour mesurer la qualité de l’air ne prennent en compte qu’une partie des polluants.[3] Les citoyens pratiquent la respiration depuis un certain nombre d’années et ils ne se la laisseront pas compter par des technocrates dans des ministères climatisés! Il est improbable que l’oxygène se soit raréfié en 24 heures de pompage mais cela ne peut qu’empirer si nous ne faisons rien. J’invite donc tous les citoyens à être vigilants et à faire pression pour que le gouvernement prenne ses responsabilités. Lib’airté, Air’galité, Frat’airnité !

 

C’est ainsi qu’Hélène, jouant habilement de son charme, réussit à prolonger son quart d’heure de gloire télévisuelle. Pour les téléspectateurs, elle devint immédiatement la sympathique représentante de tous les «Airbivores»…

 

…et la bête noire de nombreux puissants !


LE TEESSMY

 

Nombreux sont ceux qui furent déçus – mais aussi dans un sens très rassurés – de découvrir que les “visiteurs” nous ressemblaient. Seule la couleur de leur peau laiteuse et leurs yeux orangés trahissaient leur mystérieuse origine.

 

Ils établirent la communication 48 heures après leur arrivée. Craignant pour leur sécurité, il était hors de question pour eux de mettre pied à Terre. Ils utiliseraient les ondes pour présenter leurs intentions…

 

Le représentant des visiteurs, un dénommé Veltrouil, commença par présenter sa civilisation. Son français était étrangement académique mais sa voix, qui louvoyait vers les aigus, émettait un léger sifflement, comme un signe de menace…

 

«Nous venons de la planète Xispasnète. Sa localisation importe peu car vous seriez incapable avec votre technologie primitive de la repérer. Disons qu’elle se trouve bien au-delà de votre horizon…

 

J’appartiens à la civilisation Teessmy. Notre civilisation traverse aujourd’hui une crise majeure. Il y a des erreurs que l’on ne peut plus corriger…

 

Il fut un temps où notre planète était recouverte de végétation. Elle était alors respirable. Tel n’est plus le cas aujourd’hui. Depuis environ un siècle, nous vivons sous bulles, calfeutrés dans nos villes, prisonniers du confort de nos appartements… Vous voyez sur notre peau le résultat d’un manque de soleil…

 

Vers la fin de votre Seconde guerre mondiale, il nous a fallu en outre instaurer un contrôle drastique des naissances. Les enfants dérangeaient trop les voisins.

 

Voici à quoi ressemble une ville Teessmy…»

 

L’image d’une cité moderne apparut. Plusieurs bulles géantes reliées par des tuyaux translucides. Il y régnait étrangement peu d’activité. Veltrouil expliqua que les Teessmy, afin de limiter leur consommation d’air, avaient pris l’habitude de rester confinés chez eux.

 

Sortir était une activité réservée aux riches : le gouvernement prenait bien en charge l’air des couloirs publics mais il était d’une qualité détestable. Revêtir une combinaison coûteuse était le seul moyen d’éviter les maux de tête…

 

«Voici maintenant un appartement Teessmy typique…»

 

Un zoom avant permit de rentrer dans un minuscule appartement aux murs constellés d’écrans. «Nous ne pouvons plus visiter le monde, alors nous le faisons venir à nous, reprit Veltrouil. Nous manquons de place alors nous jouons sur les perspectives. Chaque Teessmy dispose d’un visiophone lui permettant de s’évader et de communiquer avec tout un chacun en trois dimensions. Chaque famille vit ainsi à la fois isolée et en contact permanent avec les autres, joignable 24h/24…»

 

Veltrouil réapparut à l’image. Sa voix fut grave lorsqu’il continua : 

 

«Je suis ce que vous nommez je crois un prospecteur… Je sonde les planètes à la recherche des gisements d’air. Je les exploite et je revends l’oxygène raffiné à mes concitoyens. Comme mon gouvernement prélève une lourde taxe sur l’importation des produits pressurés, il a tout intérêt à la pérennité de mon business et je dispose d’une grande liberté de manœuvre…

 

L’oxygène que nous rapportons de nos expéditions sert à nous maintenir en vie. L’air de votre Amazonie est d’une grande pureté et il nous faudra le couper afin de le rendre consommable. Il s’agit là d’un gisement de premier choix, que je suis enchanté d’avoir découvert. Rien à voir avec votre air européen, dans lequel nous avons décelé près de 100.000 substances chimiques… [4]

 

Certains d’entre vous éprouvent des difficultés à respirer et nous accusent… Vous ne manquez vraiment pas d’air ! Bien avant que nous arrivions, des centaines de milliers de personnes mouraient déjà tous les ans à cause de VOS pollutions…[5]

 

Le choix vous appartient : préserver votre air ou apprendre à ne plus respirer. A partir de cet instant, vous êtes responsables de chacune de vos inspirations ! 

 

Fin de la transmission.»


LA COLERE

 

L’intervention de Veltrouil secoua l’ensemble de la population : une telle arrogance était intolérable ! Non mais pour qui se prenait-il ce « visage pâle » à donner ainsi des leçons d’écologie à une planète qu’il venait exploiter !

 

Les sondages révélèrent l’état de l’opinion : pour 83,7% des sondés, il fallait bouter ces envahisseurs hors de Terre ! Mais comment faire concrètement ? Envoyer des casques bleus au Brésil ? Manifester en plein milieu de la forêt amazonienne ? Brûler les arbres pour rendre le filon inexploitable ? Utiliser l’arme atomique ?

 

Comme le souligna Hélène, aucune de ces solutions n’était crédible… et certaines éminemment dangereuses.

 

Veltrouil fit d’ailleurs savoir qu’il avait obtenu du Brésil et des autres pays amazoniens un accord pour survoler leurs territoires ainsi qu’une licence pour l’exploitation de leur gisement d’oxygène. On cria à la traîtrise puis on se dit que les «airspirateurs» étaient finalement mieux là bas qu’au dessus des métropoles occidentales…

 

Le gouvernement français essaya bien de protester au nom de la Guyane mais Veltrouil rétorqua qu’il n’avait pas de leçon à recevoir d’un pays en train de sacrifier une tribu indienne sur l’autel des chercheurs d’or.[6]

 

De toute façon, ajouta-t-il, «le mode de vie des Teessmy n’est pas négociable !»[7] Sans compter, précisa-t-il, leurs possibles représailles. Toute ingérence dans son entreprise serait considérée comme une atteinte à la liberté d’entreprendre et punie en conséquence. Ami[8] ou ennemi : l’attitude des Terriens conditionnerait celle des Teessmy…

 

La menace fut considérée suffisamment sérieuse pour que les gouvernements décident de privilégier la voie diplomatique. Après tout, comme l’affirmaient toujours les scientifiques, l’air restait pour le moment en quantité bien suffisante…

 

Sur demande pressante du public, des lois rigoureuses furent néanmoins votées afin de limiter l’ensemble des sources de pollution.

 

«On devrait construire les villes à la campagne car l’air y est plus pur» dit le bon mot.[9] Désormais, tous les élus s’attelaient plutôt à installer de l’air dans leurs villes. Leurs carrières politiques en dépendaient…

 


BUSINESS & CO

 

Le système ne mit pas longtemps à s’engouffrer dans la brèche. A en croire les experts, la peur, les «allairgies» et les nouveaux stress générés par la présence Teessmy devaient être excellents pour le business !

 

On vit ainsi apparaître sur le marché une pléthore de nouveaux gadgets estampillés «Air» : des kits de survie, des distributeurs d’oxygène, des dosettes d’air en capsules d’aluminium, des purificateurs de toutes tailles et de tous prix… Une marque de chaussures ressortit en fanfare son vieux modèle «Air» et le célèbre basketteur Michael Jardon bondit à nouveau vers le panier… de la ménagère.

 

Des projets de bars à oxygène furent lancés dans plusieurs villes : accoudés au comptoir, tuyaux dans le nez, les V.I.P. viendraient y respirer de l’oxygène enrichi aux parfums synthétiques de fraise ou de chocolat. Un tel ridicule, pour autant qu’il soit onéreux, ne pouvait qu’être tendance…

 

En terme de marketing, c’était en effet à quelle entreprise brasserait le plus d’air. De multiples logos fleurirent ainsi sur les emballages : «Sans ajout de CO2», «Naturellement riche en air», «Fabriqué en atmosphère enrichie», «Source d’Omeg’air 3»,…

 

Les investisseurs se ruèrent sur les start-up du «air-business». La moindre idée trouvait financement et, parfois, un seul nom suffisait à faire fortune. La marque Vizzairvie, déposée sur internet par un particulier fut ainsi rachetée 3,6 millions d’euros par une multinationale…

 

Mais le nec plus ultra était encore d’être officiellement reconnu comme une entreprise adepte de «l’Air durable» ou pratiquant le «Comm’airce équitable». Peu importe s’il fallait pour cela investir dans de coûteux programmes[10] : le prestige et la reconnaissance du public justifiaient largement les moyens.

 

Beaucoup de dirigeants approchèrent aussi Hélène pour lui offrir un poste de responsable en «Airgonomie» mais elle déclina ostensiblement les offres. Les financiers n’allaient pas tarder à comprendre pourquoi…


L’INTERVIEW

 

Hélène fit sensation lorsqu’elle annonça avoir convaincu Veltrouil d’organiser, avec elle, une interview dans son vaisseau.

 

Les chaînes de télévision se battirent pour obtenir les droits de la retransmission : au-delà du prestige, les recettes publicitaires s’annonçaient à la hauteur de l’événement…

 

Hélène mit son reportage aux enchères, et c’est sans surprise la plus grosse chaîne commerciale qui remporta l’exclusivité.

 

L’interview étant prévue pour la semaine suivante, les neurones eurent droit à un matraquage médiatique sans précédent : «Des révélations exclusives…Un reportage sensationnel… Une première mondiale… Une rencontre au sommet… En exclusivité sur France Une, la première chaîne air’tzienne !».

 

L’émission battit ainsi facilement tous les records d’audience : 32,2 millions de téléspectateurs assistèrent, en direct, à la première rencontre entre une Terrienne et un Teessmy.

 

– Avez-vous un cœur, attaqua d’emblée Hélène, comment pouvez-vous pomper l’air d’une planète déjà mal en point ?

– Avez-vous un cœur, répliqua Veltrouil du tac au tac, comment pouvez-vous refuser un peu d’air à quelqu’un dans le besoin ? Notre civilisation est mourante et l’exploitation de l’air relève pour nous d’un intérêt vital. Devons-nous disparaître au prétexte que vous ne voulez pas partager ?

– La moindre des choses aurait été de nous demander, rétorqua Hélène. Nous autres terriens sommes très ouverts aux souffrances des autres, à l’humanitaire… Vous n’êtes pas à proprement parler “humains” mais vous nous ressemblez suffisamment je crois pour susciter la compassion. Encore aurait-il fallu vous y prendre correctement avec les médias… Maintenant, c’est un peu tard !

– Oui, c’est vrai que nous aurions pu mendier votre air ou organiser un Tél’airthon, reprit Veltrouil. Cela vous aurait donné bonne conscience et vous aurait fait passer pour généreux aux yeux de l’univers… Notre technologie supérieure nous a heureusement permis d’éviter cette hypocrisie. Pourquoi mendierions-nous ce que vous n’êtes pas en mesure de nous refuser ?

– Mais parce que la force est un argument de sauvages ! N’avez-vous donc rien appris de votre civilisation ?

– Au stade où nous en sommes, nous ne pouvons malheureusement plus nous offrir le luxe des scrupules, continua Veltrouil. Et puis n’oubliez pas qu’il s’agit d’un business ! J’exploite l’air que je découvre et si ce n’est pas moi qui le fais, ce sera un autre prospecteur et il sera sans doute nettement moins conciliant que je ne le suis…

– Quelle chance décidément pour nous de vous avoir ! s’esclaffa Hélène. Sérieusement, vous ne pouviez pas prospecter un peu plus loin. Ce n’est pas la place qui manque dans l’univers !

– Mais pourquoi voudriez-vous que nous fassions à d’autres ce que vous ne voulez pas que l’on vous fasse ? Vous considéreriez-vous par hasard comme différents ou supérieurs ?

– Différents, venant de vous, ce doit être un compliment, répliqua Hélène. Jamais nous n’oserions faire une chose pareille à une autre civilisation !

– C’est parce que nous ne raisonnons pas à la même échelle, reprit Veltrouil. A votre petit niveau, vous explorez les tréfonds de votre planète à la recherche de pétrole, quitte pour cela à déclarer des guerres ou à détruire l’environnement. Vous avez touché le fond mais vous creusez encore ![11] Nous faisons un peu la même chose avec l’air mais de manière pacifique et à l’échelle de l’univers…

 

– Mais l’air est gratuit, protesta Hélène, ce n’est pas du tout la même chose!

– Faudra-t-il que l’air devienne rare pour que vous le considériez à sa juste valeur ? Regardez ce que vous avez fait de votre eau ! Dans le passé, celle-ci aussi était gratuite. Mais vous l’avez tellement polluée à coup de nitrates et de pesticides que vous êtes aujourd’hui obligés de la traiter pour un coût toujours croissant…[12] Tant et si bien que vous vous méfiez de sa pureté et que nombre d’entre vous prennent leur voiture chaque semaine pour faire le plein de bouteilles d’eau en plastique… Vous êtes devenus dépendants de la chimie et du pétrole pour votre soif. Je ne vous laisserai pas faire la même chose avec l’air. A compter de ce jour, l’air devient une commodité marchande que j’entends protéger !

 

La coupure publicitaire mit un terme à l’échange. Les plus gros annonceurs avaient tenu à profiter de ce créneau exceptionnel pour faire la promotion de leurs produits les plus «promett’air».

 

Il y eut d’abord une nouvelle lessive dont les bulles – à la technologie exclusive – renfermait de l’oxygène de première qualité. Le nec plus ultra, foi de vedette, pour faire respirer le linge !

 

Suivait une barre chocolatée au lait de montagne. Dès la première bouchée, on se retrouvait transporté vers les hauts pâturages suisses… «Choc’air, la barre qui dépayse !» 

 

Une voiture, ensuite, en train de se garer dans un petit coin de paradis. Le père ouvrait la portière et lançait un tonitruant «Ça y est, nous sommes arrivés !» Mais femme et enfants refusaient de sortir : ils respiraient mieux à l’intérieur, grâce au purificateur de série…

 

Les trois autres publicités étaient du même acabit : une chaîne d’hypermarchés mettait en avant son excellent rapport qualit’air / prix, résultat d’une «atmosph’air enrichie en oxygène».

 

Un opérateur de téléphonie mobile annonçait son partenariat avec une association de protection de l’environnement : «Avec nous, chaque appel vaut de l’air !»

 

Une boisson gazeuse, enfin, vantait les vertus de ses bulles d’air, source de jeunesse et de dynamisme : «Contre le visage pâle, buvez Wat’air Clos’air !»

 

L’intermède «publicit’air»[13] prit fin et il se passa alors quelque chose d’inouï dans les annales de la télévision : au lieu de reprendre le cours de l’interview, Hélène et Veltrouil se mirent à discuter… de ce qu’ils venaient de voir !

 

– Vos publicités sont un bel exemple, commença Veltrouil, du type de manipulations qui ont conduit ma civilisation à sa perte : faire croire qu’il faut acheter une voiture pour mieux respirer, il faut quand même le faire ![14] Même chose avec cet hypermarché : en utilisant de l’oxygène enrichi légèrement euphorisant, il poussera insidieusement ses clients à consommer davantage…

– Et cet opérateur qui joue sur la bonne conscience de ses abonnés, renchérit Hélène. Si chaque appel vaut de l’air, il en brasse surtout beaucoup, tout en émettant quantité d’ondes électromagnétiques…[15] Mais le plus écoeurant est encore cette barre chocolatée : qu’importe que le lait vienne des meilleurs alpages s’il est reconstitué et mélangé à de la graisse hydrogénée comme c’est écrit sur l’emballage ! Et si c’était la seule saloperie chimique. Mais non, elle contient aussi…

 

Soudain, plus rien ! Le noir se fit et un message apparut : «Nous vous prions de nous excuser pour ce problème technique. Votre programme reprendra dans quelques instants.»

 

Le directeur de la chaîne, frisant l’apoplexie, avait ordonné de couper la retransmission…


DECRYPTAGE

 

Ce fut une grave erreur : si quelques journaux dénoncèrent le guet-apens fait à la chaîne «amie», la plupart des journalistes et des blogueurs se déchaînèrent contre cette censure éhontée, perpétrée par une chaîne «lib’airticide». Depuis quand la publicité primait-elle sur l’information ?

 

Hélène, dès son retour, disposa ainsi de tout le loisir pour s’expliquer et faire passer ses messages. La préservation de l’air était selon elle une priorité absolue et il aurait été irresponsable de laisser les industriels se parer de cette question pour assurer la promotion de gadgets inutiles et polluants. Les citoyens avaient droit à cette simple vérité !

 

Les arguments d’Hélène, abondamment repris et commentés firent mouche. Si sa méthode était discutable, on considéra qu’elle avait agi dans l’intérêt des citoyens.

 

Sa connivence avec ce «blanc-bec» de Veltrouil ne lui porta pas non plus préjudice : les téléspectateurs avaient pu juger, en première partie, de sa pugnacité à l’encontre du Teessmy.

 

Hélène put ainsi intervenir régulièrement pour dénoncer les magouilles et proposer des conseils de bon sens : comment économiser l’énergie, préserver l’eau, apprendre à respirer[16],…

 

Il n’y avait là, en soi, rien de très original mais la menace des «airspirateurs» Teessmy en toile de fond donnaient à ce type de conseils une toute autre dimension : il ne s’agissait plus de sauvegarder la planète pour des générations futures plus ou moins mal élevées ou des peuplades lointaines[17] mais de garantir sa satanée respiration !

 

En collaboration avec le journaliste Daniel Schnerdeimann, Hélène lança une émission intitulée «Arrêt de l’image» dans laquelle les programmes et les publicités étaient passés au crible de la question environnementale. La peinture verte ne résista pas longtemps à ce traitement au kärcher et les opportunistes de l’écologie, rouges de honte, furent contraints de se rhabiller.

 

Et ce d’autant plus vite que des reportages abordèrent aussi les sujets jusqu’alors réservés aux seuls lecteurs masochistes : arrêtons d’avaler n’importe quoi, des arômes dans notre assiette, toxiques alimentaires, la vérité sur les cosmétiques, les médicaments sans tabou, comment les riches détruisent la planète,… [18]

 

Il fallait avoir l’estomac bien accroché pour arriver à digérer pareils scandales mais les citoyens, très remontés contre les affabulateurs, réclamaient désormais la vérité crue et saignante.

 

A l’écoute de ces programmes, on ne pensait donc plus «c’est vrai, bien dit» mais «c’est vrai, agissons !» Et cela fit toute la différence…

 

Le microcosme de la publicité se retrouva ainsi profondément ébranlé : pas une publicité qui ne faisait désormais l’objet de suspicion, pas un panneau qui n’était barbouillé d’un texte lapidaire ou ironique…

 

L’intermède publicitaire se transforma même en jeu de société : on se réunissait entre amis pour se passer une sélection de pubs et c’est à qui trouverait le meilleur argument pour ne pas acheter le produit… Si un produit était vraiment bon, pourquoi avait-il besoin d’un matraquage publicitaire ?

 


LA CONTRE-OFFENSIVE

 

Sentant leur pouvoir s’étioler, les puissants déclenchèrent rapidement une contre-offensive : ils s’offrirent de pleines pages de propagande dans les journaux sur le thème de «Les grandes marques font les grandes vies» ou «La consommation fait l’emploi»

 

C’est sur cette dernière problématique qu’un débat fut organisé entre Hélène et Alain Cnim, le célèbre stratège-économiste. Dans l’esprit des puissants, un tel expert ne pouvait que ridiculiser la jeune «Air’peste».

 

A dire vrai, ils n’avaient pas vraiment le choix : seule la présence d’Hélène assurerait au débat une audience de qualité, c’est-à-dire importante. En l’espace de quelques semaines, elle était devenue incontournable.

 

Alain Cnim attaqua d’emblée :

– Que direz-vous, Madame Loutrevil, aux ouvriers qui vont perdre leur travail parce que leur usine n’arrive plus à vendre ? Que c’est pour la bonne cause ?

– Je leur dirai la vérité : un certain nombre d’entreprises traversent en ce moment une zone de turbulence, un trou d’air qui a conduit leurs marques à se dégonfler comme des baudruches. Si ces entreprises préfèrent larguer du lest en licenciant plutôt que de réinsuffler de la qualité, je crains que leur vol ne soit en effet écourté.

– Avec des conséquences désastreuses pour le niveau du chômage…

– Le chômage n’est inhumain, reprit Hélène, que lorsque les perspectives de retrouver un emploi sont bouchées. Or, avec la mise au «vert» de l’économie, ce sont des centaines de milliers de nouveaux emplois qui vont bientôt pouvoir être offerts[19] : dans l’isolation des bâtiments, dans les petites exploitations agricoles ou le petit commerce, dans le recyclage et la réparation des produits, dans toutes ces initiatives individuelles qui vont soudain se trouver libérées… Sans compter toutes les entreprises qui vont redevenir compétitives à partir du moment où les consommateurs auront commencé à rejeter les produits «made in ailleurs» ou «made in chimique», trop polluants ou irresponsables à leur goût.

– Sans compter, sans compter, il vous faudra bien compter un jour ! Près de 400 000 emplois sont menacés dans l’industrie en France… Cela fait quand même beaucoup de monde à recycler ![20]

– Fallait-il continuer à polluer la planète et les organismes au prétexte d’un chantage à l’emploi ? [21] Le recyclage de l’économie va enfin remettre l’homme au cœur du système et cela n’a pas de prix !

– Pas de prix, non, mais un coût exorbitant ! Comment comptez-vous donc financer votre petite révolution ?

– Mais de quelle révolution parlez-vous ? Si les consomm’acteurs délaissent certains produits pour s’intéresser à d’autres, il n’y a aucune raison que les financiers ne les suivent pas. Et comme une petite entreprise qui se développe crée davantage d’emplois qu’une grosse, nous verrons vite que vos craintes, Monsieur Cnim, n’étaient finalement dictées que par des intérêts très partisans…

– Attention Madame Loutrevil à ne pas m’insulter ! Mes craintes, comme vous dites, ne sont basées que sur les lois de l’économie : s’il y a moins de consommation, il y aura moins de croissance et donc moins d’emplois. C’est assez simple à comprendre tout de même !

– «Nos achats sont nos emplois» est en effet un slogan bien rodé… Dommage qu’il se traduise surtout de nos jours par des importations en provenance des pays à faibles coûts où la main d’œuvre est honteusement exploitée…

– Que voulez-vous, c’est la mondialisation ! Ce n’est tout de même pas de notre faute si les Chinois cherchent à se développer à tout prix ! Et puis n’oubliez pas que le but d’une entreprise est de maximiser ses profits. Comment voulez-vous qu’elle finance les investissements et les emplois autrement ? [22]

– Vous avez raison : une entreprise se doit de veiller à sa rentabilité…

– Ah, ravi de vous l’entendre dire !

– Mais bien sûr ! Sauf qu’un certain nombre de dirigeants ont tendance à confondre rentabilité et stock-options. Les profits d’aujourd’hui ne font plus les emplois ou la qualité de demain mais les résidences en Suisse d’après-demain, comme l’a brillamment démontré votre ami Antoine Zariascha.[23]

– Ne généralisez pas, s’il vous plaît, les abus de quelques uns. Si ce que vous décrivez était général, nous serions en récession !

– Mais nous sommes en récession, s’exclama Hélène ! Savez-vous que si l’on soustrait les coûts écologiques et sociaux du calcul du PIB classique, nous sommes en décroissance depuis les années soixante-dix ? [24] Et puis, de toute manière, que vaut la croissance de quelques-uns si elle se fait au détriment de la qualité de vie des autres?

– Je ne peux pas vous laisser dire cela, intervint l’expert, le niveau de vie des français est en augmentation constante. Jamais nous n’avons été aussi riches !

– Si la richesse se mesure au nombre de chaînes de télévision ou de sécurité[25], je suis d’accord avec vous, reprit Hélène. Jamais nous n’avons été autant cernés par les objets ! Mais la richesse, selon moi, relève moins du strict confort matériel que du véritable bien-être des individus.[26] Et de ce point de vue, nous sommes surtout riches de ce que nous ne possédons pas : la qualité de l’air, la sécurité, la santé, le sourire des enfants, les solidarités, les opportunités de réaliser ses rêves, l’amour… Voilà le type de société que nous entendons favoriser !

– Peace and Love ?

– Commençons déjà par la tolérance et la solidarité, précisa Hélène. Permettez que je vous donne un petit conseil, Monsieur Cnim[27]: retournez donc auprès de vos grands patrons et expliquez-leur que le temps n’est plus aux ressources mais aux richesses humaines. Ils sont intelligents. Ils sauront ce qu’il convient de faire pour s’adapter…


LE PETIT LIVRE VERT

 

Les derniers sondages plaçaient désormais Hélène en tête des personnalités préférées des français. Tout juste était-elle devancée par le sympathique animateur écologiste Nicolas Holut et le footballeur à forte tête Zinédine Diazen.

 

La sortie de son livre Le Petit Livre Vert aurait du être une autre occasion de promouvoir la Lib’airté auprès du grand public mais, en dépit de la promesse d’une interview avec l’auteur, les journaux refusèrent d’en parler.

 

Officiellement, il s’agissait de ne pas lasser les lecteurs avec ces questions tristounettes. Officieusement, il aurait été indécent de cracher dans la soupe (industrielle) des annonceurs…[28]

 

Seul Le Canard Déchaîné, publication sans publicité, accepta ainsi de commenter ce nouveau pavé jeté dans la mare de l’hypocrisie. Il publia deux extraits.

 

Le premier traitait de l’addiction bien française pour les «Temples de la consommation»[29] :

 

 

Adieu tristes virées, périphéries perdues,

Visites de parkings et, sous le poids, tordu,

Sisyphe et son caddie, condition inhumaine,

Le remplir, le pousser, travailler à la chaîne.

 

Cris de haut-parleurs, labyrinthe de rayons,

Univers de malbouffe et bronzage aux néons.

Symbole d’abondance pour une société,

Où l’horreur suprême se nomme satiété.

 

La chasse aux prix sauvages est aujourd’hui fermée.

Drague des promotions, articles périmés.

A l’embarras du choix, œillades des produits,

Je choisis qualité, assortiment réduit.

 

Aux lentes files d’attentes aux règles affichées,

Aux chères additions aux vices bien cachés ;

Au robotique «Bonjour, carte du magasin ?»

J’réponds donc «Désolé, je n’en ai plus besoin !»

 

Le second extrait s’en prenait au sacro-saint périple du week-end :

 

Embouteillages rituels sur le périphérique,

Tuyaux d’échappements à grisaille publique.

Griserie de vitesse, machisme éperdu ;

En dépit du danger, gagner le temps perdu.

 

Parties de cache-cache avec forces de l’ordre.

Insultes déployées à défaut d’ pouvoir mordre.

Adressées, violemment, avec beaucoup d’émoi,

Aux plus lourds, aux plus lents, à tous ceux devant moi.

 

Difficile en vélo d’filer cheveux au vent,

Sans climatisation, c’était l’horreur avant !

Aucune station essence, péage à visiter,

Sur les chemins de terre, les sentiers forestiers.

 

Sans parler du tracas, sans positionnement,

De croiser l’inconnu, de rencontrer l’amant.

Au triste citoyen soudain privé d’moteur,

J’aimerais conseiller: «Entends battre ton cœur !»

 

 

L’interview démarra sur les chapeaux de roue:

 

– Soyez franche, Madame Loutrevil, vous possédez une voiture, n’est-ce pas ?

– En effet.

– Et cela ne vous semble pas contradictoire avec votre prose ?

– Si nous attendons d’être parfaits pour agir, nous ne ferons pas grand chose, répondit Hélène.[30] La société moderne nous laissant peu de temps pour la philosophie ou la méditation, il est normal qu’il y ait souvent un fossé entre nos intentions et nos actes. C’est frustrant, dans un sens car, comme le disent les bouddhistes, nous avons tous en nous l’essence du Bouddha… D’un autre côté, je ne crois pas que nous soyons tous fait pour la vie monacale et la vie moderne offre aussi de belles perspectives d’illumination…

– Vous voulez dire de stress !

– Que voulez-vous, continua Hélène, il faut des bas pour apprécier les hauts… Mais vous avez raison : le stress fait de nos jours des ravages.[31] Et vous savez pourquoi ? Parce que la tyrannie du «toujours plus» nous éloigne de notre humanité. Ce que nous sommes ou ce que nous avons n’est jamais suffisant…

– Il est naturel de chercher à se développer…

– Dans une certaine mesure, bien sûr, mais attention à la manipulation ! Dans quelle mesure le développement personnel n’est-il pas devenu en effet le développement du personnel ? Sous un aspect humaniste, sa finalité ne serait-elle pas d’entériner l’état des choses : se changer afin de ne pas changer le système ? Le double message: «cessez de vous plaindre, prenez-vous en charge» et «travaillez, enrichissez-vous»[32], laisse en effet peu de place pour la réflexion du monde et l’action contestataire. Tout occupé à sa «gonflette narcissique», l’homme deviendrait, au mieux, un acteur du système, au pire, un incapable conscient de sa médiocrité et trop complexé pour oser hausser le ton…

– Tant qu’il continue à consommer…

– En effet. La nature a peut-être horreur du vide mais le système en a fait son fonds de commerce. Voilà pourquoi je préférerais mettre l’accent sur l’épanouissement ou le contentement personnel. De la même manière, je crois préférable de parler de simplicité volontaire plutôt que de développement durable ou de décroissance. Si l’on souhaite éviter l’hypocrisie ou la dictature, il est indispensable de placer l’homme au cœur de sa propre réflexion : à chacun de décider de son niveau de cohérence entre sa vie et ses valeurs ! A chacun de se convaincre des avantages de l’action écologique ! A mon niveau, j’ai donc une petite voiture que j’essaye d’utiliser le moins possible. J’ai aussi l’électricité et la télévision. Vous voyez, on peut tout à fait militer en faveur de l’environnement sans avoir besoin de se faire pousser les poils… La question est de savoir, individuellement, jusqu’où nous souhaitons ne pas aller trop loin…

– Et votre réponse ?

– La solution réside dans la modération, dans la simplicité volontaire dont je parlais et qui fait la force des véritables épicuriens.[33] Ne plus accumuler les objets et les insatisfactions mais retrouver le goût des fondamentaux, jouir davantage de moins de choses. Moins par moins, ça fait plus et il n’y a rien de tel pour manifester sa force de caractère que d’arriver à dire «non !» aux tentations.[34] Evidemment, cela suppose de réussir à s’accorder le temps de la réflexion, d’arriver à prendre ne serait-ce que cinq minutes par jour pour échapper à la pesanteur des manipulations. Le système n’a aucun intérêt à la lib’airté des individus, vous savez : c’est lorsque nous moutonnons[35] que nous consommons le plus ! Mais le pire n’est pas une fatalité : la prise de conscience et le nombre de citoyens «éveillés» ne cessent de croître. Du coup, la sortie de la caverne n’est plus forcément synonyme de solitude…[36]

 

– Revenons-en si vous le voulez bien aux thèmes de votre livre, proposa le journaliste. Vous dénoncez la voiture comme symbole de liberté. N’est-ce pas pourtant un formidable moyen d’évasion ?

– Il y a loin entre la liberté et la lib’airté, répliqua Hélène, et la voiture m’apparaît, tout au moins en ville, plutôt comme un moyen d’éviter l’invasion. En voiture, on cherche surtout à éviter l’autre. Malheur à celui qui ose me frôler de trop près ! Avez-vous noté comme nous étions agressifs en voiture, comme si le fait d’être motorisé et cuirassé nous faisait mécaniquement déraper vers nos pulsions les plus primaires… Les jeunes de Mai 68 avaient peut-être raison lorsqu’ils disaient que la voiture, ça rendait con ![37]

– C’est vieux tout ça…

– Oui et en vieillissant, le «jouir sans entrave» s’est transformé en «consommer sans entrave» et la voiture en symbole de la société de consommation. Une société qui roule tellement sur le capot qu’un piéton est insidieusement devenu «un automobiliste qui a trouvé le moyen de garer sa voiture.»

– La voiture offre la liberté de partir où l’on veut, quand on veut, avec qui on veut !

– Drôle de liberté que celle de s’attacher et de porter son attention sur des panneaux d’interdictions afin d’éviter l’accident ou l’amende, vous ne trouvez pas ? Je vous signale aussi qu’il faut presque six mois de travail à un employé pour payer les frais annuels de sa voiture ![38] Au lieu de liberté, je parlerai donc plutôt d’aliénation : le système nous vend la voiture comme un rêve alors qu’il s’agit d’un cauchemar, d’une drogue dont il est devenu très difficile de se passer…

– Comment faire, alors, pour décrocher ?

– Il s’agit là encore d’aller au-delà des apparences. S’il existe des voitures magnifiques, toutes recèlent sous leur capot le même mécanisme infernal. Le sevrage à l’automobile est difficile car les tentations sont multiples mais les patchs “embouteillages” ou “vélo gratuit” vont dans le bon sens, en attendant la mesure suprême : l’interdiction des voitures en centre-ville qui permettra de libérer les infrastructures pour les transformer en espaces verts, en jardins potagers ou en appartements à prix modérés. Si l’on offre aux citoyens la possibilité de se réapproprier l’espace public, vous verrez comme la vie deviendra vite plus respirable !

 

– Passons aux grandes surfaces, enchaîna le journaliste : que leur reprochez-vous exactement ?

– Rien de moins que d’être au cœur du système ! D’où croyez-vous que provienne la tyrannie des prix bas qui a foutu l’emploi[39] et la qualité de l’alimentation[40] en l’air ? Comment voulez-vous qu’il y ait en effet des prix bas sans coûts bas ? [41] Coups bas à l’égard des fournisseurs, des salariés et de la qualité, mais aussi coups bas vis-à-vis de la concurrence, une petite société pouvant difficilement s’aligner sur les centrales d’achat…

– Le pouvoir d’achat est une préoccupation essentielle des français…

– A juste titre mais quel pouvoir avons-nous lorsque nous achetons des produits bas de gamme sous l’influence de la pub ? Ne vaudrait-il pas mieux mettre en avant les produits sains au juste prix ?

– Encore faut-il pouvoir se le permettre, objecta le journaliste. Tout le monde n’a pas le privilège d’être un bobo créatif…

– Oui, c’est vrai, j’oubliais : les gadgets électroniques et les logos sont indispensables mais les produits frais toujours trop chers…[42] Mais quelle que soit la part réservée à l’alimentation dans le budget des ménages[43], il est de toute manière plus économique de faire ses courses en magasin bio…

– En voilà un scoop !

– Et vous savez pourquoi ? Parce qu’il y a nettement moins de tentations dans ce type de magasins ![44] Vous prenez ce dont vous avez véritablement besoin et vous sortez, conseils en prime !

– Moins de tentations mais donc aussi moins de choix…

– Parce que vous pensez vraiment avoir le choix devant une centaine de références ? Trop de choix étouffe le choix et justifie le marketing : pousser les consommateurs vers un produit plutôt qu’un autre…

– Vous n’allez donc jamais en grande surface ?

– Il faut toujours se méfier des généralités, répondit Hélène avec un petit rire. Evidemment, il m’arrive de me perdre entre les rayons. Il faut bien varier ses expériences ! Je vais aussi vous faire une confidence : j’adore manger de temps en temps au fast-food ! J’ai à nouveau faim une heure plus tard mais je me suis offert ma petite transgression…

– Vous n’êtes donc pas végétarienne ?

– Mais si ! Je vais au fast-food pour commander une salade avec une eau minérale et un sachet de fruits prédécoupés. Pas vous ?

– Vous vous foutez de moi…

– Pas plus que les publicités… Sérieusement, je crois important de ne pas tomber dans le foodamentalisme. Que l’alimentation soit notre première médecine[45], c’est une évidence, mais le plaisir de la table a également son importance et stresser en face de son assiette serait complètement contreproductif. Tout est finalement question d’accumulation, de dosage: «Tout est poison, rien n’est  poison», comme disait Paracelse.[46] Reste à savoir si nous n’avons pas d’ores et déjà dépassé la dose maximale de chimie tolérable par nos organismes…[47]

 


LA RECOMPENSE

 

Veltrouil s’était fait discret depuis son interview avec Hélène, trois mois plus tôt.

 

Les médias retransmettaient bien les résultats des négociations avec le Teessmy mais rien ne semblait susceptible de stopper les opérations d’un Veltrouil intraitable en affaires. 73,2% des sondés furent donc surpris d’apprendre son intention d’établir avec les Terriens une entente plus cordiale. Pour 57,3% des personnes interrogées, Hélène devait encore y être pour quelque chose…

 

Veltrouil annonça la nouvelle lors d’un nouveau passage à l’antenne, «sans publicité, svp», comme il s’amusa à préciser. De toute évidence, son arrogance était intacte…

 

«Mes chers partenaires,

 

Vous avez au cours de ces semaines manifesté un vrai esprit de coopération : grâce à vous, jamais l’air que nous captons – et que vous respirez – n’a été aussi riche en oxygène !

 

Il vous reste évidemment un long chemin à parcourir mais nous avons déjà pu observer de réels progrès :

 

Vos agences de voyages ont par exemple mis un terme à la promotion des week-ends en amoureux à l’autre bout de la planète. C’est formidable : vous allez enfin cesser de vous envoyer en l’air à la légère ![48]

 

Le flux migratoire observé en direction des campagnes va également dans le bon sens[49] : votre agriculture va être obligée de revoir ses méthodes productivistes ! Je vois mal en effet vos citadins accepter longtemps le risque des pesticides[50] ou l’odeur des élevages industriels[51]… Déjà que les coqs, à ce qu’on m’a dit, agacent les nouveaux venus…

 

Autre bonne nouvelle, continua Veltrouil : vos abeilles semblent prêtes, elles aussi, à se réinstaller à la campagne ! Félicitations : votre survie est assurée pour quelques années supplémentaires… [52]

 

Et ce n’est pas tout ! L’agriculture biologique étant désormais plébiscitée, votre gouvernement s’est enfin décidé à imposer un moratoire sur vos fumeux OGM. Il était temps ! Leur dissémination dans les champs et les assiettes commençait à nous inquiéter. [53]

 

Au niveau local, la taxation des ordures selon le principe du «jeteur-payeur» a permis d’encourager le recyclage des déchets, la pratique du compost et la restriction des emballages.[54] Du coup, vos fabricants d’électronique ont rallongé la garantie de leurs appareils et offrent à nouveau de vrais ateliers de réparation.[55] De belles économies en perspective !

 

Enfin, et je terminerais par cela, j’ai été surpris de voir la vitesse avec laquelle vos industriels se sont adaptés à vos nouvelles exigences de consomm’action. Il n’y a par exemple presque plus aucun jouet cancérigène dans les rayons de vos magasins.[56] Ce sont vos enfants qui vont être contents !»

 

Veltrouil marqua une pause pour respirer avant de reprendre, sur un ton plus grave :

 

«D’aucuns considèreraient que vous n’aviez pas le choix ou que vous agissiez dans votre propre intérêt. J’estime que tout ceci mérite néanmoins récompense.

 

Après concertation avec mon gouvernement sur Xispasnète, nous avons décidé de vous fournir en pilules Samipanic !

 

La pilule Samipanic, expliqua le visiteur en présentant à la caméra une petite gélule au bleu translucide, est l’offre de notre civilisation à la vôtre. Avec elle, vous ne nous considèrerez plus comme de simples « asphyxieurs ». 

 

Dorénavant, nous entendons payer l’air de votre planète à sa juste valeur… et la juste contrepartie de l’air, c’est évidemment la santé, reprit le visiteur avec un petit sourire. Cette pilule va vous permettre, pour peu que vous respectiez la posologie, de rester en excellente santé !

 

Maintenant entendez moi bien : il ne s’agit pas là d’une opération comment dîtes-vous, ah oui… humanitaire… Non, il s’agit d’un troc : en échange d’un air de bonne qualité, vous recevrez des pilules. Plus d’air, plus de pilules !  Et c’est bien dommage car sans air… nous mourrons tous, n’est-ce pas ?

 

Cette pilule permet à ma race de vivre l’équivalent chez vous de 250 ans. Elle n’aura toutefois pas ici la même efficacité : votre organisme est encore trop saturé de produits toxiques… [57]

 

Néanmoins, elle fera petit à petit son effet et les enfants de vos enfants pourront avec elle espérer atteindre les 120 voire les 130 ans. Sans problèmes de santé majeurs !

 

Trois précisions toutefois. Premièrement, nous avons constaté chez vous la présence de plusieurs maladies chroniques. Vous les appelez, je crois, « maladies de civilisation » Pour toutes ces maladies, notre pilule ne sera pas efficace. Elle ne provient pas de la même civilisation et nous avons les maladies que nous méritons, n’est-ce pas ?

 

Deuxièmement, la pilule ne sera pas non plus efficace contre les maladies que vous nommez génétiques. Malgré notre apparence presque identique, nos études ont révélé que nous ne partagions que 99% de vos gênes. Pour prendre un exemple, il y a la même différence entre nous qu’il y en a entre vous et les singes bonobo… [58] A chacun sa nature, n’est-ce pas ?

 

Troisièmement et même si ce n’est pas dans vos habitudes de parler des effets secondaires de vos remèdes[59], je crois nécessaire de vous prévenir : la pilule n’a aucun effet négatif prise isolément mais nous n’avons pas été capables de mesurer son interaction avec vos autres médicaments. En l’absence de tests, le principe de précaution s’applique !

 

En d’autre termes : si vous êtes en ce moment malade et sous traitement chimique, vous ne devrez en aucun cas prendre la pilule. Je dis bien : en aucun cas !  Le mélange de principes hautement actifs avec des substances synthétiques pourrait être fatal…[60]

 

Attendez d’être sevré de tous vos médicaments et d’être bien portant pour commencer notre méthode. De toute façon, la pilule ne guérit pas. Elle évite… de tomber malade ! »

 


LA PILULE

 

Les promesses n’engagent, paraît-il, que ceux qui y croient.

 

Si Veltrouil avait annoncé qu’il fournirait  les citoyens en pilules, il s’était bien gardé de préciser pendant combien de temps…

 

Une fois les tests d’innocuités réalisés – la pilule ne présentait effectivement aucun effet secondaire – les Français s’étaient précipités dessus. Pour 76% des sondés, une technologie aussi sophistiquée ne pouvait être que bénéfique !

 

Et effectivement, durant un temps, les maladies reculèrent. A raison d’une pilule par jour, des millions de bien portants demeurèrent bien portants.

 

Les malades continuèrent en grande majorité à être malades mais il y eut aussi quelques guérisons spectaculaires. Des milliers de personnes avaient en effet bravé les mises en garde et consommé la pilule en mélange ou en substitut de leur propre médication.

 

Aucune maladie médicamenteuse ne fût heureusement à déplorer. Au contraire, des centaines de personnes se trouvèrent soudain bien mieux. Ces cas furent immédiatement montés en épingle par les médias et la pilule Samipanic acquis vite la réputation de « pilule du bonheur ».

 

En l’espace de quelques semaines, 85% de la population prenait la pilule. Le stock initialement mis à disposition fût bientôt épuisé…

 

Veltrouil redemanda alors l’antenne et tint le discours suivant :

 

« Chers Partenaires,

 

Je vous avais généreusement offert la pilule Samipanic en vous précisant qu’elle n’était pas destinée aux malades mais aux personnes en bonne santé.

 

Me basant sur votre consommation de médicaments, je n’avais tablé que sur 30% de bien portants au maximum : ceux qui ne prenaient aucun cachet, aucune gélule, aucun traitement d’aucune sorte.[61] Le stock de pilule était adapté en conséquence.

 

Or, en dépit de mes recommandations, vous vous êtes goinfrés de pilules et aujourd’hui, je ne dispose plus de suffisamment de stock pour tous les bien portants.  Vous n’êtes décidément pas raisonnables !

 

Après mûres réflexions, j’ai donc décidé d’organiser un concours pour l’attribution des pilules restantes. En voici les modalités :

 

- Le concours Samipanic est ouvert à toutes les personnes âgées de 16 à 75 ans, sans obligation d’achat.

 

- Les personnes désirant participer devront remplir un  questionnaire et répondre à la question suivante : « Combien le mot Samipanic comporte-t-il de lettres ? »

 

- Le but du concours est double : soit être dans la meilleure forme physique possible, soit avoir le plus progressé sur le chemin de la santé. La répartition entre ces deux groupes de gagnants sera de 50/50.

 

- Des tests médicaux seront réalisés d’ici 6 mois afin de sélectionner les 500 000 gagnants.

 

- Les gagnants se verront remettre un stock de pilules suffisant pour vivre centenaires. 

 

A votre santé ! »

 


LE CONCOURS

 

Dans la semaine qui suivit l’annonce, les contres effets de l’absence de pilule commencèrent à apparaître : des personnes habituellement en bonne santé tombèrent brusquement malades tandis que la plupart des anciens malades retombèrent dans l’affliction.

 

Il y eut donc foule sur le net afin de récupérer le questionnaire : la santé, qui n’avait pas de prix, devenait enfin un prix !

 

Le questionnaire était relativement détaillé et comportait une vingtaine de questions : l’état civil mais aussi le niveau de revenus, la profession, les mensurations précises, les habitudes alimentaires et tabagiques, la pratique ou non d’un sport, sans oublier les maladies ou hospitalisations antérieures… Un vrai questionnaire d’assurance !

 

Un dossier séparé présentait ce que les Teessmy considéraient comme un état optimal de santé : « Un état complet de bien-être physique, mental et social »[62] Rien que ça ! Ces satanés « blancs-becs » étaient vraiment des malades de la santé !

 

Suivaient quelques données et précisions :

 

- La santé physique n’est pas associée à des performances de haut niveau mais à la préservation de son organisme sur la durée ainsi qu’à l’absence de substances toxiques ou dopantes dans le sang.

 

- La santé physique n’est pas nécessairement l’absence continue de maladie mais la rapidité avec laquelle l’organisme se débarrasse naturellement des agents pathogènes.

 

- La santé mentale se caractérise moins par un état de bonheur ou d’euphorie perpétuelle que par une bonne capacité de résistance au stress et aux aléas de l’existence.

 

- La santé mentale suppose une cohérence entre la vie que l’on mène et ses valeurs fondamentales.

 

- La santé mentale et sociale suppose des relations basées sur le respect et l’écoute mutuels.

 

- La santé sociale n’est pas associée à un haut niveau de revenus ou de confort matériel mais à la réalisation de ses rêves et projets personnels.

 

- La santé physique, sociale et mentale suppose de se sentir utile, apprécié et aimé.

 

De nombreuses personnes avaient été tentées de maquiller un peu la vérité – en se faisant notamment passer pour plus malades ou plus malheureuses qu’elles ne l’étaient vraiment – mais une phrase en bas de page les aida vite à retrouver la voie de l’honnêteté :

 

« Je déclare sur l’honneur que ce qui précède est conforme à la vérité. En cas de doute, des tests médicaux et des contrôles administratifs pourront être entrepris. Toute fraude sera punie selon les normes Teessmy en vigueur. »

 

Personne n’eut la curiosité de demander des précisions…

 


LE CHANGEMENT

 

La participation au concours dépassa tous les records des  habituelles loteries: au contraire de trop d’argent trop vite, il n’y avait que des avantages à être en bonne santé ! [63]

 

Les malades se mirent à rêver d’une vie meilleure tandis que les biens portants optimistes, ceux qui faisaient naturellement confiance à leur organisme, se dirent qu’ils pourraient toujours donner les pilules à leurs amis ou les revendre sur internet. Sur les sites de vente aux enchères, la pilule valait déjà plusieurs dizaines d’euros… risques de contrefaçons en prime ![64]

 

Bref, tout le monde tenta sa “chance”… et l’émulation fit le reste !

 

Des poumons transis de fumée émergèrent ;

Des esprits accros aux drogues renoncèrent ;

De célèbres sportifs ralentirent l’allure ;

Des coach potatoes [65] ressortirent leurs chaussures.

 

Des malhonnêtes rectifièrent leur chemin ;

Des ennemis jurés se serrèrent la main ;

Des politiciens répondirent aux promesses ;

Des tyrans, même, mirent fin aux bassesses.

 

Des hommes, des femmes devinrent  plus joyeux ;

Des adolescents trouvèrent grâce à leurs yeux,

Le moyen de changer un système inhumain,

En une société qui croit aux lendemains.

 

Aux articles de mode aux photos retouchées,

On préféra le vrai, ce qui peut se toucher.

Adieu cosmétique, tyrannie du paraître.

Les masques hypocrites, on les fit disparaître!

 

A la course aux podiums, aux Stars Académies

On préféra la marche en compagnie d’amis.

Adieu perfection, tyrannie de la force.

Mon humanité est ce qui me renforce !

 

A la sotte luxure et au bling-bling clinquant,

On préféra l’amour, les discours élégants.

Adieu superflu, tyrannie de la richesse.

On est riche de soi et de tout ce qu’on laisse.

 

A la montre, au chrono, aux instants éphémères,

On préféra le temps, le rythme de la terre.

Bye bye vitesse, tyrannie de l’urgence.

Il est plus important de bien mener sa danse !

 

 

Aux mauvaises nouvelles et précipitations,

On préféra au bien porter son attention.

Adieu catastrophes, tyrannie du malheur.

Le soleil brille haut et fait pousser les fleurs !

 

Vis à vis des enfants, un programme ambitieux :

Formations minimales et rythme respectueux.

Notes et classements devinrent  secondaires

Quand l’épanouissement s’inscrivit au scolaire.

 

D’un travail tripalium[66], on finit par passer,

A des emplois de rêves où nul n’est stressé.

Enthousiasmes, passions, énergies se mêlèrent,

Et des milliers de gens un emploi se créèrent.

 

Un vent de courage, de solidarité,

Submergea le pays jusque dans les cités ;

Des initiatives partout se développèrent.

Pour aider les plus faibles à vaincre la misère.

 

Et comme en parallèle toute pollution.

Devint soudain l’objet de la législation.

Les causes et les effets furent optimisés

Pour rendre la santé, pour revitaliser !

 


LA PIERRE DE SOUPE

 

Six mois plus tard, comme annoncé, Veltrouil demanda à nouveau la parole.

 

« Chers Partenaires,

 

J’ai une bonne et une mauvaise nouvelle à vous annoncer.

 

La mauvaise : je n’ai pas obtenu un stock suffisant de pilules Samipanic pour les gagnants du concours. En conséquence de quoi le concours est annulé ! »

 

La colère gronda dans les foyers : Veltrouil s’était à nouveau moqué d’eux ! Ce qui exaspéra le plus les téléspectateurs, c’est qu’il ne faisait pas même semblant de s’excuser. Ce « sale blanco » avait au contraire l’air de beaucoup s’amuser…

 

Avant de vous annoncer la bonne nouvelle, continua le Teessmy, permettez-moi de vous conter une histoire :

 

Il était une fois, un voyageur qui allait de village en village, d’auberge en auberge pour rencontrer les gens et se réchauffer de chaleur humaine.

 

Comme il était sans le sou, il comptait, pour souper, sur la générosité de ses hôtes… Sur leur générosité… et sur sa pierre de soupe magique !

 

« Cette pierre magique a le pouvoir de transformer toute eau en une soupe délicieuse, annonça-t-il ! J’ai juste besoin d’une marmite d’eau  sur le feu. »

 

La curiosité des badauds éveillée, on s’attela à préparer un grand chaudron d’eau que l’on plaça dans l’âtre de la cheminée. Le voyageur attendit que l’eau soit chaude pour y disposer délicatement sa pierre.

 

Après plusieurs minutes passées à remuer l’eau tout en psalmodiant une formule incantatoire, le voyageur goûta le breuvage :

Umh, pas mal dit-il, mais cela manque sans doute d’un peu de légumes… Peut-être auriez-vous cela en cuisine Monsieur l’aubergiste ?

Tout à fait, répondit ce dernier et il s’empressa de rajouter tomates, carottes et petits oignons.

 

Est-ce prêt maintenant s’impatientèrent les convives ?

Laissez-moi goûter, fit le voyageur. Oui, c’est bien ce que je pensais : ce serait encore mieux avec quelques morceaux de lard.

Il m’en reste un bout chez moi, dit l’un des attablés. Je vais le chercher !

 

Est-ce enfin prêt demanda le cuistot ?

Juste un instant, reprit le voyageur. Oui, cette fois, je crois que c’est prêt. Il faudrait juste un soupçon de sel et d’aromates…

 

Et en effet, tous furent surpris de boire une aussi délicieuse soupe : la pierre était belle et bien magique !

 

Voici maintenant la bonne nouvelle, reprit Veltrouil : aucun d’entre-vous n’a besoin de pilule !  Grâce à un air plus riche et à une alimentation plus saine, grâce à une meilleure hygiène de vie, grâce à des rapports sociaux apaisés et à une moindre compétition, grâce enfin à l’éveil de votre enthousiasme et de votre solidarité, une grande majorité d’entre vous a retrouvé le chemin de la Santé !

 

La pilule Samipanic, c’est la pierre de soupe de l’histoire ! Vous avez cru en l’efficacité d’une technologie extra-terrestre alors que c’est vous qui avez fait tout le travail !

 

Evidemment, vous auriez pu trouver si vous vous étiez penché sur l’anagramme du nom de la pilule, comme je vous l’avais suggéré en vous demandant de compter les lettres : Samipanic c’est Micas Pani en latin, c’est à dire mie de pain. Jean Corvisart, le médecin personnel de Napoléon Ier, avait donné ce nom à un remède placebo de son cru…[67]

 

C’est aussi un clin d’œil à un ami : tu vois Sam, tu avais tort de paniquer, ça c’est très bien passé !

 

Quand à ma planète, Xispasnète, cela donne… « N’existe pas » !

 

Est-il nécessaire de préciser que nous n’avons pas non plus pompé le moindre atome d’oxygène au dessus de l’Amazonie ?


LES EXPLICATIONS

 

Les révélations de Veltrouil mirent la population en émoi. La supercherie était énorme et exigeait des moyens considérables. Qui avait pu organiser un canular pareil ?

 

Tous connaissaient évidemment l’adage selon lequel «plus c’est gros et plus c’est crédible» mais tous s’interrogèrent néanmoins sur leur naïveté à gober un truc aussi fou.[68]

 

Veltrouil organisa dès le lendemain une conférence de presse. Il y arriva en habit de Teessmy et sous bonne protection : sa petite plaisanterie n’avait pas été du goût de tout le monde…

 

– Qui êtes-vous et pourquoi avez-vous fait cela, commença un journaliste ?

– Mon nom de famille est l’anagramme de Veltrouil. Cela donne Trouville dans le bon ordre… Jean-Jacques Trouville.

 

Il y eut aussitôt un «Oh !» dans l’assistance. Jean-Jacques Trouville était un milliardaire excentrique bien connu, un ancien dilettante reconverti dans l’écologie. Héritier unique du conglomérat Trouville[69], il avait deux ans plus tôt décidé de démanteler une partie de ses affaires pour se consacrer à des activités «moins nuisibles pour la planète.» Voilà donc où était passé l’argent !

 

Pourquoi avoir fait cela, reprit Jean-Jacques ? Mais afin de créer un électrochoc et une prise de conscience, bien sûr ! Une croissance infinie est impossible dans un monde fini !

 

– D’accord, dit le journaliste, mais il y a d’autres moyens pour faire passer ce genre de messages : des colloques, des pactes écolos, des Grenelle de l’environnement… Pourquoi donc cette débauche de moyens et d’énergie ?

– Parce qu’une petite expérience vaut mieux qu’un long discours, cher Monsieur. Tant que la catastrophe n’a pas eu lieu, nous avons tendance à ne pas la tenir pour possible ![70] On considère que la prise de conscience est récente mais je voudrais vous rappeler que la sonnette d’alarme a été tirée il y a plus de 50 ans déjà ! Voici par exemple le titre d’un article du journal Le Monde daté du 1er février 1957 : «Notre santé en péril ?»[71]

 

Or qu’avons-nous fait depuis les années cinquante ? Nous avons explosé notre consommation de produits polluants et de gadgets ! Nous avons déserté la campagne nourricière pour nous parquer dans des villes ou des cités dortoirs déshumanisées. Comment voulez-vous ne pas péter les plombs quand vous vous retrouvez dans le bruit, la violence et la grisaille de blocs de bétons ?

 

En vingt ans, nous avons multiplié par deux les cas de cancers, d’allergies, de stérilité, d’obésité ![72] N’est-ce pas la preuve que le blabla n’était pas efficace ?

 

«Qui veut faire quelque chose trouve un moyen. Qui ne veut rien faire trouve une excuse !» dit un proverbe arabe. Cette mise en scène nous a paru le meilleur moyen de changer les règles du jeu de la société…

 

– Pourriez-vous nous en dire plus sur ce «nous» ?

– Je suis un simple Acteur d’une organisation militant pour changer le système. Elle n’a pas officiellement de nom mais certains d’entre-vous ont dû entendre parler du Mendiant ou du Petit Livre Bleu

 

Il y eu à nouveau un mouvement de surprise.

 

– Y aurait-il un lien avec le Petit Livre Vert d’Hélène, s’empressa de demander un journaliste.

– Ce n’est pas la même couleur, répondit Jean-Jacques avec un sourire. Le Petit Livre Bleu contient les dix Règles de vie… La huitième règle, par exemple, me semble tout à fait de circonstance :

 

La liberté de refuser,

L’idée d’être manipulé.

 

Sur les questions, y réfléchir,

Les opinions, n’y point souscrire.

 

Cela le sage l’a écrit :

La vérité est un défi.[73]

 

 

– Mais enfin, quel rapport entretenez-vous avec Hélène Loutrevil, insista le journaliste.

– Un rapport très courtois : Hélène est ma femme. Elle aussi fait partie de l’organisation et Loutrevil est également l’anagramme de Trouville…

 

La surprise fit place au brouhaha et il fallut dix bonnes minutes avant qu’une autre question – celle que tout le monde attendait – puisse enfin être posée :

 

– Comment vous y êtes vous pris pour mettre en place votre mystification ?

– Cela a surtout nécessité un gros travail de lobbying auprès des politiques et des média[74] afin de garantir un bon relais de nos images numérisées et de nos pseudo données scientifiques, reprit Jean-Jacques. Sur internet, de nombreux articles ont rapidement dénoncé le canular. Il nous a fallu faire vite pour contacter les auteurs et leur expliquer notre démarche. La plupart ont compris nos motivations et accepté de se taire… Nous tenons ici à les en remercier. Quelques-uns ont préféré continuer à promouvoir la vérité mais, noyés dans les médias officiels, leurs articles n’ont évidemment pas réussi à toucher le grand public… comme d’habitude !

 

– Et à l’étranger ?

– Nous n’aurions pas pu organiser cette opération sans le soutien des pays d’Amérique du Sud, qui ont été ravis de jouer cette «petite farce» à l’Occident. Les pays du sud en avaient assez, voyez-vous, d’être siphonnés de leurs richesses au profit des multinationales ou des voitures occidentales.[75] Mettre l’accent sur l’air était aussi pour eux une manière de renverser les valeurs traditionnelles : du point de vue de la vie, les pays qui abritent l’Amazonie sont les plus riches de la planète ! [76]

 

– Mais comment expliquez-vous que les journalistes, aient ainsi cautionné vos mensonges ?

– Vous voulez dire ceux qui étaient au courant ? Mais peut-être parce qu’ils y étaient déjà habitués ! Nombre de sujets et de débats d’importance passaient déjà en toute impunité à la moulinette du business.[77] Vous en avez eu un aperçu lors de ma fausse interview avec Hélène… La pensée unique était devenue à ce point tyrannique que tous les journalistes que nous avons contacté ont professionnellement accepté de nous soutenir.[78]

 

Quant aux propriétaires des médias, ils étaient ravis : vous aviez déjà vu, vous, des images aussi sensationnelles ? C’était quand même autre chose que la créature de Roswell ![79] Tant que l’audience et la publicité continuaient de rentrer, nous étions bien tranquilles…

 

Et quand la manne a commencé à se tarir, continua Jean-Jacques, il était trop tard : même s’ils avaient découvert la vérité, ils leur aurait été difficile de dire à leur public : «Au fait, ça fait des mois que l’on vous raconte n’importe quoi.» Il y a des limites à ce que le «temps de cerveau disponible» peut accepter![80]

 

– Et au niveau du gouvernement et des politiques ?

– Nous y avions aussi quelques Acteurs clés. Rappelez-vous l’état d’esprit de la population avant le début de notre opération. Chacun sentait bien, au fond de lui, que quelque chose ne tournait pas rond… Plus ou moins consciemment, nous étions tous dans l’attente de l’événement qui nous libérerait enfin du système. Les hommes politiques comme les autres ! Peut-être même plus que les autres puisqu’ils étaient souvent montrés du doigt au prétexte du «tous pourris !»

 

Comme les autres, les politiques étaient victimes de manipulations. A grand coup de «c’est la mondialisation !», on leur avait fait croire qu’il n’y avait pas d’alternative à la loi de la jungle.[81]

 

Nous leur avons prouvé le contraire ! Libérés du poids du système, ils ont été ravis de pouvoir enfin œuvrer à l’intérêt collectif. Regardez comme ils ont été rapides à légiférer contre les pollutions, dès qu’ils ont perçu qu’ils bénéficiaient du soutien de la population ! Toute notre stratégie reposait sur la question suivante : «Que se passera-t-il si les consommateurs refusent en masse tel ou tel produit ?»

 

Et bien maintenant, nous le savons : sans achats, le système fait faillite ! Les consommateurs ont privé le système de son énergie : c’est par l’argent et le vouloir d’achat que nous avons vaincu !


LE «BLANCDIT»

 

La conférence de presse se déroulait dans une atmosphère tendue mais studieuse. La colère des uns avait pour le moment été masquée par la curiosité de la multitude. On voulait comprendre avant de juger.

 

– Comment expliquez-vous a posteriori ce soutien populaire, questionna un journaliste ?

– Très simple, répondit Jean-Jacques. Nous ne nous sommes pas contentés d’informer et d’expliquer pourquoi la pollution était néfaste. Nous n’avons pas infantilisé les citoyens sur le mode du «polluer, c’est pas bien !» Nous avons illustré le comment en plaçant les citoyens devant un terrible danger : des extra-terrestres venaient exploiter l’air comme une vulgaire nappe de pétrole ! Tout d’un coup, la menace est devenue concrète et il y a eu urgence. Cela a suffit pour que les citoyens entraînent les hommes politiques dans l’action.

– Il y a aussi eu les multiples interventions d’Hélène…

– En effet. Il était important qu’une Terrienne attire spontanément la sympathie. Je représentais le danger, elle l’espoir. J’étais le méchant quand elle jouait à l’héroïne… J’ai été surpris de voir combien de citoyens y sont devenus accros…

 

– Mais comment expliquez-vous les troubles respiratoires alors que vous ne touchiez pas à l’air ?

– Avez-vous mal quelque part ? demanda Jean-Jacques.

– Pardon ?

– Avez-vous mal quelque part ? J’aimerais que vous vous concentriez tous un instant sur votre corps… Alors ? Qui ressent la moindre douleur, le moindre inconfort physique ?

 

Quelques personnes osèrent lever la main.

 

Si nous nous concentrons sur notre corps, nous percevrons toujours quelque chose de désagréable, expliqua Jean-Jacques. Les images et les sondages que nous avons fabriqués ou commandés donnaient à penser qu’il y avait un problème avec l’air. Comme c’était effectivement le cas du fait des multiples sources de pollution, il était logique que de nombreuses personnes réagissent à la suggestion.

 

Les guérisons ont relevé de la même règle : une personne intimement persuadée du  pouvoir d’une substance aura une meilleure probabilité de rétablissement.[82] C’est aussi peut-être le principe des “miracles” qui se produisent parfois à Lourdes ou dans d’autres lieux chargés de spiritualité.[83] L’esprit humain peut beaucoup de chose. « L’homme est ce qu’il croit » disait Anton Tchekhov. Malheureusement, il est souvent bien loin de croire tout ce qu’il est…

 

– Et ces affirmations sur l’efficacité de la pilule, le fait qu’on allait vivre jusqu’à 120 ou 130 ans ?

– Pour les enfants de nos enfants, ces chiffres sont réalistes. N’oubliez pas que nous gagnons un trimestre d’espérance de vie tous les ans. Vivre centenaire est tout à fait à notre portée ! [84]

 

– N’y avait-il pas un risque lorsque des malades ont arrêté leur médication ?

– En effet et c’est bien pourquoi j’avais précisé qu’il ne fallait pas prendre la pilule tant que l’on était souffrant !  J’avais aussi précisé que les pilules n’étaient pas efficaces contre les maladies graves : nous ne tenions absolument pas  avoir des morts sur la conscience…

 

Un homme se leva brusquement au deuxième rang et empoigna la parole : « Je vous écoute depuis maintenant une heure et je trouve sidérant que vous ayez comme ça décidé unilatéralement de ce qui convenait au monde… Vous dites dénoncer les manipulations mais vous en montez une énorme. Bonjour le grand écart ! Vous êtes schizophrène ou quoi ?»

 

La violence de l’attaque donna un coup de fouet à l’auditoire. Ce fut aussi le signal pour quelques invectives bien senties :

 

– Vous êtes un fumiste, cria quelqu’un.

– Un «blancdit !» ajouta un autre au fond de la salle, provoquant quelques sourires dans l’assistance.

 

– Je conçois très bien la colère de certains d’entre vous, répondit calmement Jean-Jacques. Il n’est en effet jamais facile de perdre ses habitudes… surtout lorsque celles-ci sont confortables…

 

Je réalise, aussi, bien évidemment, qu’une telle opération puisse soulever quelques questions éthiques. Par exemple: est-il juste de dénoncer le système en utilisant les mêmes armes que le système ? La fin justifie-t-elle les moyens ?

 

A titre personnel et dans le cas présent, je répondrais que oui, à partir du moment où il n’y a pas eu violence et dans la mesure où nous finissons par tout révéler.

 

Oui, en effet, nous vous avons manipulés, continua Jean-Jacques en haussant le ton, mais il y avait non-assistance à planète et à organismes en danger et nous vous expliquons maintenant comment et pourquoi !

 

Nous aurions très bien pu vous laisser croire à l’existence des Teessmy et disparaître au bout d’un certain temps. J’y aurais gagné en tranquillité et Hélène se serait retrouvée dans la posture de la valeureuse lib’airatrice…

 

Mais quoi ? Quel aurait été l’intérêt de vous laisser avec la peur d’une possible invasion future, dans la crainte d’une menace étrangère. Voilà ce qui aurait été monstrueux !

 

En vous révélant les tenants et les aboutissants de notre opération, nous prenons évidemment le risque, Hélène et moi, de passer pour des «blancdits», comme vous dites, mais nous vous donnons matière à réflexion. Vous serez plus libres qu’avant notre arrivée car vous aurez enfin la possibilité de comprendre les rouages d’une manipulation d’envergure !

 

Je voudrais aussi rappeler que, si nous avons bien suggéré quelques mesures à prendre, nous ne sommes jamais intervenus directement dans la promulgation des lois. Tout ce qui a changé l’a été à la demande des citoyens et c’était là une belle démonstration de démocratie ![85]

 

Cela ne vous plaît pas de passer pour des naïfs ? Cela se conçoit, mais rappelez-vous ce que disait Socrate : «Je ne sais qu’une chose, c’est que je ne sais rien !» Une petite leçon d’humilité, croyez-le bien, ne fait jamais de mal sur le long terme…

 

Quand à vous, Monsieur, reprit Jean-Jacques en s’adressant à la personne du deuxième rang, toujours debout et en train de gesticuler, si vous vouliez bien vous présenter, je pourrais peut-être répondre plus directement à vos remontrances ?

 

– Robert Dupimol, PDG des laboratoires Médic. Je vous signale que vos conneries ont entraîné l’arrêt de nos recherches. A cause de vous, de nombreuses maladies ne pourront pas être soignées !

 

– Oui, bien sûr, je comprends, reprit Jean-Jacques, l’air faussement attristé. Si vous me le permettez, j’aimerais dire trois choses à propos de votre industrie. Premièrement, nous ne nous sommes jamais opposés aux médicaments. Simplement à leur utilisation abusive et Dieu sait que vous en avez abusé. La meilleure preuve ? Les citoyens n’ont jamais été aussi bien portants que depuis qu’ils limitent la consommation de vos substances chimiques !

 

Deuxièmement, vous savez fort bien que vos labos n’ont quasiment rien trouvé de significatif au cours de ces vingt dernières années et que vous investissiez davantage en frais de marketing qu’en frais de recherche ! Inventer de nouvelles maladies a toujours été plus simple et plus rentable…[86]

 

Enfin troisième et dernier point, sans doute le plus important : vous avez démontré dans le passé que vous vous fichiez comme d’une guigne du bien-être des malades ! Comment expliquer sinon que rien de significatif n’ait été entrepris pour lutter contre le paludisme ou que vous ayez menacé l’Afrique du Sud d’un procès lorsqu’elle a voulu soigner ses malades victimes du Sida ? [87]

 

Comment faire confiance à des financiers pour soigner la planète ?  Pour ma part, je suis favorable à des brevets ouverts et à une coopération internationale pour trouver les remèdes dont le monde a besoin. La santé ne devrait pas être un marché car l’homme, ce n’est pas une marchandise !

 

– Mais qui êtes-vous donc pour nous donner des leçons de morale ou de philosophie, reprit le PDG. Ça va les chevilles ? Non mais pour qui vous prenez-vous !

– Qui je suis importe peu. C’est mon cheminement qui est intéressant, répondit Jean-Jacques. Si vous le voulez, je peux maintenant vous en dire quelques mots…


LE CHEMINEMENT

 

Il y a peu de temps encore, je n’aurais pas bougé le petit doigt pour aider la planète, commença Jean-Jacques. Certaines de mes sociétés étaient extrêmement polluantes mais tant que la loi me le permettait, pourquoi non ? J’avais même reçu de l’argent lors de l’attribution des quotas de CO2 ![88]

 

Aux brillants financiers qui s’occupaient de mes affaires, je ne demandais que deux choses : qu’ils me foutent la paix et qu’ils augmentent mon capital de 15% par an.

 

Pourri d’avoir été dans mon enfance trop gâté, inapte au travail, incapable même de faire couler l’eau de mon bain, je m’étais assoupi dans le confort et l’oisiveté…

 

Je n’ai même pas su réagir lorsque Hélène m’a quitté. A peine ai-je augmenté un peu ma consommation d’alcool… Progressivement, inconsciemment, j’ai sombré dans la dépression…

 

Et puis, un jour, un mendiant de cette organisation m’est tombé dessus. Il m’a secoué, m’a bousculé, m’a appris à recevoir avec humilité et reconnaissance…[89] et je me suis enfin réveillé !

 

Le système a l’air terrible, comme ça, vu de l’extérieur, mais c’est en réalité un tigre de papier. Le Mendiant, figure emblématique de la simplicité volontaire, m’a aidé à comprendre que celui-ci ne pouvait pas tourner sans notre soutien et que c’est notre mal-être qui garantissait sa pérennité.

 

Désormais soucieux de mon bien-être, j’ai décidé d’agir. J’ai commencé par me documenter sur les différents scandales et manipulations et je me suis vite rendu compte qu’il ne s’agissait pas d’un complot machiavélique mais de la simple exagération d’un défaut très humain : l’avidité !

 

Lorsqu’en Afrique, par exemple, des sociétés condamnaient des millions d’enfants pour promouvoir leur lait en poudre [90] ou distribuaient des cigarettes à la sortie des écoles, elles ne le faisaient évidemment pas parce qu’elles étaient pilotées par le diable. Elles le faisaient parce qu’il y avait un marché à prendre et que leur rôle était de distribuer le maximum de dividendes à leurs actionnaires. La croissance justifiait les moyens. Avidité.

 

Même chose avec la malbouffe : les industriels disposaient évidemment des moyens pour offrir de meilleurs produits mais cela aurait été contradictoire avec la recherche de la rentabilité maximale, critère ultime pour la valorisation des stocks-options distribuées aux dirigeants. Alors tant pis pour les consommateurs. Les profits justifiaient les moyens. Avidité encore…

 

C’est ainsi que durant toute une période, on privilégia la valeur boursière aux investissements productifs.[91] Les financiers portèrent au pinacle des patrons «Cost Killers», des tueurs de coûts qui devinrent tueurs tout court lorsque des salariés se suicidèrent pour cause de harcèlement ou de surcharge de travail.[92]

 

Moins radical mais tout aussi pernicieux : le gel des salaires[93] poussa les consommateurs à rechercher les prix les plus bas, encourageant du même coup les entreprises à continuer dans la voie de la prédation…

 

Mais comment assurer les ventes en l’absence de pouvoir d’achat, me direz-vous ? En amont, les publicitaires furent chargés de transformer les citrouilles en carrosses, d’encourager l’avidité des consommateurs et de faire passer tous ceux qui n’avaient pas les derniers gadgets pour de misérables cendrillons.[94]

 

Dans le même temps, en aval, on favorisa le crédit à la consommation : «Profitez maintenant, payez plus tard. Ça ira mieux demain. Carpe diem ! » [95] Un niveau élevé de chômage et d’endettement assurait la docilité des salariés tandis que la Sécu prenait en charge les somnifères et les séances chez le psy. Le cercle vicieux – qualité, coûts, salaires, prix, moral et santé au plus bas – était enclenché, renforçant inéluctablement le système…

 

Mais grâce au sursaut des citoyens face à la menace Teessmy, tout ceci appartient désormais au passé !

 

Il n’y a que deux options lorsque l’on découvre l’étendue des dégâts : soit considérer que l’on n’y peut rien, soit réaliser que l’on peut beaucoup. Le Mendiant m’a aidé à comprendre que je pouvais énormément…

 

Ce n’est pas moi qui ai eu l’idée de ce projet mais le N°1 de l’organisation. Hélène m’a convaincu d’y investir une partie de ma fortune…

 

Evidemment, on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs et il y a eu quelques désagréments… Croyez bien que je le regrette et je tiens ici à m’excuser auprès de toutes nos malencontreuses “victimes”. Prenez mes dévoués financiers par exemple : je viens d’apprendre qu’ils n’avaient pas réussi cette année à atteindre leurs objectifs de rentabilité. C’est triste mais, pour le coup, je vais probablement devoir m’en séparer…

 

EPILOGUE : LE PROCES

 

Jean-Jacques et Hélène furent arrêtés à la sortie de la conférence. Les puissants avaient une revanche à prendre et la loi leur fournissait quelques couteaux tranchants.

 

Accusés pêle-mêle de manipulation, de mensonges, d’abus de titre et d’exercice illégal de la médecine, ils furent emprisonnés à la prison de la Santé.

 

Des centaines de personnes se pressèrent à leur procès. L’atmosphère était bon enfant et l’on sentait, en particulier vis-à-vis d’Hélène, un vif soutien populaire.

 

L’audience, qui dura trois semaines, fut l’occasion de décortiquer la plus grande arnaque de l’histoire de l’homme. Mais elle permit aussi d’étaler, à la vue de tous, les méandres du système…

 

Les avocats des Trouville ne perdirent en effet pas une occasion pour dresser le parallèle entre ce que l’on reprochait à leurs clients et ce que certaines multinationales avaient fait subir aux consommateurs durant des années, notamment via leurs opérations de marketing.[96] Reprochait-on par hasard aux Trouville d’avoir été meilleurs publicitaires ?

 

Ces arguments firent mouche et le procès des célèbres époux se transforma bientôt en réquisitoire à l’encontre du système néolibéral…

 

C’est donc sans surprise que Jean-Jacques et Hélène furent condamnés à verser un euro symbolique à chacune des parties civiles. «C’est la monnaie de votre pièce !» cria quelqu’un dans la salle. Les financiers grimacèrent.

 

Le juge aussi. Depuis le début du procès, le magistrat, d’ordinaire si enjoué, avait manifesté une curieuse mauvaise humeur. Il commenta ainsi la décision :

 

«Monsieur et Madame Trouville, la Cour a fait preuve à votre égard d’une grande mansuétude. Je le déplore. Si cela ne tenait qu’à moi, vous seriez retournés derrière les barreaux… C’est une honte…

 

…de faire des anagrammes aussi pauvres, dit-il en éclatant de rire. Teessmy pour “système”… C’est affligeant !»

 


[1] Dès 2002, le magazine Que Choisir alertait les Français: « Trois logements sur quatre pollués par des substances chimiques. » En cause, le radon, les revêtements de sol, les peintures mais aussi les meubles en aggloméré ou les parfums d’ambiance chimiques… « Entre douze et quinze heures par jour, nous respirons un air bien plus pollué que celui de nos rues. Et ça se passe chez nous, à la maison ! […] Dans un logement sur deux, le taux de poussières fines (venues entre autres des sols plastique) est supérieur au maximum acceptable pour l’air extérieur. […] Les fabricants de meubles […] pourraient être obligés d’afficher les niveaux d’émission de leurs bois contreplaqués et agglomérés. » précisait le magazine Capital de Février 2007.

 

[2] Avec 8 000 tonnes de produits phytosanitaires par an, les jardiniers du dimanche sont par exemple responsables d’un quart de la pollution des eaux douces en France…

 

[3] Selon l’association Ecologie sans Frontière, 54 % des Français ne font pas confiance à l’information délivrée par les pouvoirs publics sur la qualité de l’air… « L’air ambiant de l’agglomération parisienne est pollué par une mixture de substances qui ne font pas toute l’objet d’une réglementation. Certains polluants sont insuffisamment, voire pas du tout surveillés », détaille Franck Laval, le président de l’association. C’est notamment le cas des particules fines émises par les moteurs Diesel, qui représentent 55 % du parc automobile français : elles ne font l’objet d’aucune réglementation ! (Ce qu’on vous cache sur la pollution en Ile-de-France, Charles de Saint Sauveur, Le Parisien, 07 juin 2007) L’Union européenne a bien adopté fin 2007 une directive les incluant mais les seuils à respecter sont complètement déconnectés des impératifs de santé publique (25 µg/m³ en 2015 alors que l’OMS recommande de ne pas dépasser 10 µg/m³ en moyenne annuelle). « Les voitures diesel non équipées de filtre à particules émettent 250 fois plus de particules que les autres modèles » (Empa, organisme suisse de recherche) mais elles ne sont pas visées par le bonus-malus sur les voitures neuves mis en place au premier janvier 2008… (Plus c’est fin, moins c’est sain, Que Choisir, Janvier 2008)

 

[4] Sur les 100 000 substances de synthèse commercialisées en Europe, 3% seulement auraient été soumises à des tests toxicologiques complets… 1 000 produits chimiques nouveaux sortent en outre tous les ans… Voir le site de Greenpeace http://www.vigitox.org

 

[5] Tous les ans, 3 millions de personnes dans le monde meurent pour avoir respiré un air pollué. L’exposition prolongée aux seules particules fines serait responsable en France de quelque 32 000 décès annuels chez les plus de 30 ans et occasionnerait 500 000 nouveaux cas de bronchites chroniques chaque année (dont 450 000 chez les enfants). Il y aurait en outre 820 000 crises d’asthme dont 577 000 chez les enfants…

[6] Il a fallu quinze ans pour que le parc national de Guyane voie le jour mais il n’inclut pas les villages des quelque 2 000 indiens wayana. Du fait de l’orpaillage en grande partie clandestin, 6 200 kilomètres de cours d’eau sont déjà pollués…

 

[7] Déclaration de Ronald Reagan reprise par George Bush Père en 1992, puis par son fils en 2002. Les Etats-Unis, deuxième pollueur de la planète après la Chine, n’ont toujours pas ratifié le Protocole de Kyoto sur la réduction du gaz à effet de serre. Si tous les habitants de la planète consommaient comme les américains, 8 planètes seraient nécessaires…

 

[8] AMI est aussi l’acronyme de l’Accord Multilatéral sur l’Investissement qui visait à libéraliser les investissements partout dans le monde en accordant aux multinationales un « égal accès » illimité aux marchés et aux ressources naturelles du monde entier : une multinationale pouvait porter plainte contre un Etat devant des groupes d’arbitrage non transparents si elle s’estimait lésée dans ses affaires. Promu discrètement en 1997 par l’OCDE et les Etats-Unis, cet accord fut mis en échec par les ONG grâce à la « stratégie de Dracula » : porter à l’attention du public un traité qui ne supporte pas la lumière du jour… Internet a ainsi remplacé l’ail et l’argent dans la lutte contre les vampires… (Europe Inc. Comment les multinationales construisent l’Europe et l’économie mondiale, Observatoire de l’Europe Industrielle (CEO), Agone, 2005, p.237)

 

[9] Souvent attribué à Alphonse Allais ou à Henri Monnier mais en réalité de Jean Louis Auguste Commerson, qui publia en 1851 les Pensées d’un emballeur, où l’on trouve : «Si l’on construisait actuellement des villes, on les bâtirait à la campagne, l’air y serait plus sain ». (source Wikipedia)

[10] « Pour 50 000 dollars, vingt transnationales bien connues – notamment, pour plusieurs d’entres elles, en raison d’un comportement social et écologique laissant gravement à désirer […] – participaient à la réflexion sur le projet de Fonds mondial. […] Le PNUD (Programme de développement de l’ONU) se vantait du fait que ce projet ferait bénéficier les multinationales « d’une reconnaissance mondiale pour leur coopération avec l’ONU-PNUD » et qu’un logo « Fonds mondial pour le développement durable » permettrait à l’industrie de mettre cette coopération en valeur. » (Europe Inc., op. cit., p. 347)

[11] Les découvertes en pétrole auraient atteint leur pic mondial en 1964 et connaissent depuis une courbe décroissante : nous consommons chaque année plus de pétrole que nous ne découvrons de nouveaux gisements. Selon Colin Campbell, 46% des ressources actuelles déclarées par les principaux pays de l’OPEP sont « douteuses » sinon « fausses ». « Si les chiffres réels étaient connus, ce serait la panique sur les marchés financiers. » déclare-t-il. (Eric Laurent, La face cachée du pétrole, Plon, 2006)

 

[12] 96% des contrôles dans les rivières et 61% dans les nappes souterraines ont révélé une contamination aux pesticides et autres engrais chimiques, dont la France est le troisième utilisateur mondial, derrière les Etats-Unis et la Chine avec près de 80 000 tonnes en 2005. La loi Olin laisse 85% des coûts de la dépollution à la charge des particuliers, instaurant ainsi le principe du pollué-payeur.

 

[13] C’est une habitude de la publicité que de reprendre à son compte les préoccupations du moment. « Et toutes ces pages de pub sont peinturlurées en vert, vert pomme, vert gazon, vert de l’espoir : le vert est devenu la couleur préférée du Medef, des multinationales et du CAC 40. Ils ont gagné du fric en polluant (et en réchauffant), ils vont gagner le double en dépolluant (et en réchauffant un peu moins) ! » (Toujours plus (vert), Jean-Luc Porquet, Le Canard enchaîné, 4 juillet 2007) Le vert serait-il dans le fruit ?

 

[14] C’est par exemple le cas de la publicité Toyota pour sa Prius : « En choisissant une Toyota hybride, un million de conducteurs oeuvrent pour un monde à l’air plus pur. Un million de vœux pour une planète plus belle. Un million de vœux pour un futur plus propre. » Or, selon une étude, la Prius serait 50% plus polluante que le monstrueux 4×4 Hummer. Qui dit voiture hybride dit en effet deux moteurs et donc deux fois plus d’impact sur l’environnement lors de sa fabrication. La batterie nécessiterait notamment du nickel très polluant à produire.. A tout prendre les petites voitures seraient donc plus « écologiques » (La Décroissance N°39, mai 2007, p. 14)  Et que penser du « moteur qui respire » du 4×4 Range Rover ou de la voiture développée « au pays des accords de Kyoto » (Publicité 4×4 Outlander Mitsubishi) qui émet 30% de C02 en plus que ce que recommande le traité de Kyoto… Autres exemples de manipulations publicitaires sur le site http://antivoitures.free.fr/

 

[15] Les téléphones portables sont ainsi fortement déconseillés chez les enfants de moins de 15 ans dont le cerveau est en plein développement…

[16] En dépit de son caractère vital, la respiration est souvent mal pratiquée. La respiration profonde est pourtant synonyme d’un grand bien-être. Exemple de pratique à faire à l’extérieur ou la fenêtre ouverte, plusieurs fois par jour : 1. Pendant un temps (par exemple 4 secondes), inspirez par le nez en partant du bas de votre abdomen: gonflez d’abord celui-ci puis passez à vos poumons. 2. Pendant 4 temps (ici 16 secondes), retenez votre respiration. 3. Pendant 2 temps (ici 8 secondes), expirez par la bouche en partant de vos poumons et en finissant par votre abdomen (comme un lavabo se vide par le bas). 4. Recommencez au moins dix fois, en augmentant éventuellement la durée du cycle mais sans forcer. Vous ne devez jamais être hors d’haleine et il ne s’agit pas de battre des records.

 

[17] Le Bangladesh est par exemple l’un des pays qui souffrira le plus des changements climatiques. On y prévoit 20 millions de réfugiés écologiques. De même, les Maldives pourraient disparaître avant la fin du siècle… Au total, le rapport de Nicholas Stern, ancien économiste en chef de la Banque mondiale, annonce que le réchauffement climatique provoquera le déplacement de 200 millions de personnes et la disparition de 40% des espèces vivantes.

 

[18] Autant de titres de livres recommandés

 

[19] Les experts estiment à 400 000 le nombre des emplois possibles avec l’application des nouvelles orientations en matière d’énergie durable… et jusqu’à 800 000 emplois avec une agriculture à taille humaine. Voir le livre de Jean-Marc Governatori, Politique Ecologique = Plein Emploi (Editions Jouvence, 2007)

 

[20] L’industrie a déjà perdu 380 000 emplois entre 2000 et 2006. La faute, en partie, aux constructeurs automobiles qui ont « importé dans l’industrie les mœurs de la grande distribution », selon un sous-traitant pressuré, et payent leurs fournisseurs à quatre-vingt-dix jours, voire à cent dix jours contre trente jours ailleurs en Europe. La faute, aussi, aux fonds d’investissement qui « rachètent des entreprises leaders sur le marché français, licencient les salariés et conservent les marques, en délocalisant la production » selon Maurad Rabhi de la CGT textile-habillement. (Ceux qui veulent tuer l’industrie française, Marianne, 16 septembre 2006) Le système est ainsi le premier responsable du chômage de masse !

 

[21] Ce fut en effet l’argument présenté par les industries de la chimie pour s’opposer à l’application du programme européen REACH. «Trop coûteux !» ont répondu les industriels (le coût aurait représenté 0,5% seulement de leur chiffre d’affaires), tout en rappelant qu’ils représentaient des centaines de milliers d’emplois… En effet, l’industrie chimique en Europe fabrique 400 millions de tonnes de produits par an et pèse 530 milliards d’euros de CA. En France, c’est le deuxième secteur industriel derrière l’automobile avec 240 000 salariés.

 

[22] Ce n’est malheureusement plus ce qui se passe, comme l’explique André Gorz dans son livre Ecologica (Ed. Galilée) : grâce à la technologie, la quantité de travail nécessaire pour fabriquer un produit baisse ce qui entraîne une baisse des prix. Afin de préserver leur marge, les industriels doivent donc augmenter la productivité. « On a donc cet apparent paradoxe que plus la productivité augmente, plus il faut qu’elle augmente encore pour éviter que le volume de profit ne diminue. […] Le système évolue vers une limite interne où la production et l’investissement dans la production cessent d’être assez rentables.» D’où la tentation, plutôt que d’investir, de recourir à la spéculation : « Une industrie financière se constitue qui ne cesse d’affiner l’art de faire de l’argent en n’achetant et ne vendant rien d’autre que diverses formes d’argent. L’argent lui-même est la seule marchandise que l’industrie financière produit par des opérations de plus en plus hasardeuses et de moins en moins maîtrisables sur les marchés financiers. »    D’où la crise des subprimes… Le capitalisme « ne se perpétue et ne fonctionne que sur des bases fictives de plus en plus précaires. »  (Source : Jean-Luc Porquet, Le Canard Enchaîné, 30 janvier 2008, p. 5) Le système, à bout de souffle, aurait bien besoin de changer d’air !

 

[23] « Dans une grande entreprise, le meilleur moyen pour un patron de gagner de l’argent, c’est d’être mauvais et de se faire licencier. » (déclaration de Sophie de Menthon à une commission parlementaire en 2003)

 

[24] Un calcul de ce type a été effectué pour la société américaine pour la période 1950-2000. Alors que le PIB par habitant triple sur la période, l’Indice de Bien Etre Soutenable s’écroule à partir du milieu des années soixante-dix ! (Denis Baba, La Décroissance, Mars 2004)

 

[25] «Nous sommes à la fois entièrement libres et exposés à une dictature originale et inattendue, celle de la satisfaction et des objets de satisfaction. Nous sommes devenus des fétichistes de la bagnole, de la télévision, des loisirs, des fringues, des marques, des neuroleptiques.» (Charles Melman, psychanalyste, Le Point, 23 novembre 2006)

 

[26] « Le bien-être est une alchimie entre un corps en bonne santé, des sens en éveil, un esprit serein et un environnement accueillant. » (Définition de l’Association Suisse Bien-Être, http://www.guidebienetre.com )

 

[27] Petits conseils de Laurent Mauduit (Stock, 2007)

[28] L’agroalimentaire achète aux télévisions autour de 2 milliards d’euros d’espaces publicitaires tous les ans… Et c’est ainsi qu’une enquête aussi remarquable que Toxic de William Reymond sur la malbouffe industrielle (Flammarion, 2007) n’eut droit lors de sa sortie qu’à un unique article, dans Le Journal du Dimanche du 5 février 2007. Il faut se faire une raison : le système n’est pas masochiste au point de faire la promotion d’un ouvrage anti-système. Aucune illusion donc pour ce conte : seul le bouche à oreille permettra de le faire connaître…

 

[29] La France est l’un des pays les plus maillés au monde : pour 1 million d’habitants, il y a 2 GMS (Grandes et Moyennes Surfaces) en Italie, 3 en Espagne, 13 en Allemagne et au Royaume-Uni et 15 en France !

 

 

[30] « L’homme ne peut pas accomplir de grandes choses sur cette terre. Mais il peut accomplir de petites choses avec amour » disait Mère Teresa. « Ne cherchez pas des actions spectaculaires. Ce qui est important, c’est que vous donniez de vous-même. » ajoutait-t-elle.

 

[31] « Les études cliniques suggèrent que 50 à 75 % de toutes les consultations chez le médecin sont motivées avant tout par le stress, et que, en terme de mortalité, le stress est un facteur de risque plus grave que le tabac. » (Dr David Servan-Schreiber, Guérir, Robert Laffont, 2003, p.18.) Le stress serait en outre la première cause d’arrêt maladie en France.

 

[32] Variante du désormais célèbre « Travailler plus pour gagner plus ! »

 

[33] Le message d’Epicure est généralement caricaturé en vulgaire hédonisme consumériste. Voir la section philosophie du site du Mendiant pour plus de détails.

 

[34] « Penser, c’est dire non » disait Pascal « L’impulsion du seul appétit est esclavage ; l’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté » écrivait Rousseau (Contrat social, I, 8) Il a aussi été prouvé qu’un enfant de quatre ans qui arrivait à réprimer son désir de manger immédiatement le bonbon en face de lui (le chercheur lui en promettait un autre s’il arrivait à patienter) avait, à l’âge adulte, une vie globalement plus épanouie (Psychologie magazine, septembre 2007)

 

[35] Le verbe moutonner fait normalement référence à la mer qui se brise en produisant une écume blanche. Hélène se rapproche plutôt ici du sens de moutonnerie ou de moutonnier.

 

[36] « La société est la caverne, la sortie est la solitude » (Simone Weil, La pesanteur et la grâce, p.248) L’allégorie de la caverne est présentée dans le livre VII de La République de Platon : il est souvent plus confortable de se bercer d’illusions, enchaîné dans son petit confort, que d’affronter la lumière… 17% des Français feraient néanmoins partie de la nouvelle famille socioculturelle des “créatifs culturels”, à priori déjà le nez dehors ! http://www.creatifsculturels.fr/

 

[37] « La voiture, ça pue, ça pollue et ça rend con ! »

 

[38] Soit une jeune secrétaire. Considérons son salaire horaire (€ 16) et le nombre d’heures qu’elle passe par année au volant (375 heures). Ajoutons-y le nombre d’heures de travail nécessaires pour payer les frais de sa voiture (15.000 km par an multipliés par un coût de €0.48 le kilomètre = € 7200, divisé par €16 = 450 heures !), le temps de son entretien (25 heures) et celui de la recherche de parking (100 heures). Nous arrivons à un total de 950 heures, soit l’équivalent de six mois de travail rien que pour la voiture ! Divisons maintenant le nombre de kilomètres parcourus par ces heures consacrées à la voiture et nous obtenons le chiffre record de 15.8 km/heure, c’est-à-dire la vitesse moyenne d’un cycliste ! Démonstration est faite : en ville, la voiture est un énorme gaspillage de temps et d’énergie. Cette démonstration se retrouve dans l’ouvrage de Pierre Pradervand, Découvrir les vraies richesses, Editions Jouvence, mais aussi chez l’essayiste Ivan Illitch (La Convivialité, 1973) qui, lui, obtient une vitesse record de six kilomètres à l’heure ! Le budget transport est en France le second budget des ménages, après le logement mais devant l’alimentation. En 2004, selon l’INSEE, 83% de ce budget revenait à l’automobile.

 

[39] Un emploi créé en grande surface conduit à la disparition de 3 à 5 emplois ailleurs, généralement dans le petit commerce et chez les fournisseurs pressurés ou ruinés. Entre 1966 et 1998, le nombre de commerces de proximité en France a ainsi baissé de 58%, tandis que la population augmentait de 30%. Une commune sur deux ne dispose plus d’aucun commerce de proximité. Voir le livre de Christian Jacquiau, Les coulisses de la grande distribution, Albin Michel, 2000. « La frénésie des prix les plus bas est contre-productive et a un effet désastreux sur l’emploi » reconnaissait aussi Joël Fabiani, patron des ressources humaines d’Auchan France, à l’occasion d’un comité central d’entreprise (Marianne, 9 mai 2007).

 

[40] Sur la problématique de la malbouffe, voir le conte alimentaire gratuit Bon appétit !

 

[41] « S’il n’est pas vraiment sûr que les Leclercs écrasent les prix, il est vrai que certains piétinent leurs salariés » conclue ainsi Perrine Cherchève dans son article Ce qu’il se passe vraiment chez Leclerc (Marianne 9 février 2008, p. 41) et d’y relater, par exemple, comment « chez Leclerc, la non-discrimination syndicale est une exception » (FO) ou comment une salariée atteinte de lumbago des suites de son travail (qui l’oblige à soulever des charges de 60 kg) a été menacée de licenciement pour « inaptitude ». « On m’a dit qu’on ne voulait pas de personnes handicapées ici. », raconte-elle.   Si tous les magasins Leclerc ne sont heureusement pas concernés, toutes les autres enseignes ne sont pas non plus exemplaires…  

 

[42] Selon une étude du CREDOC en 2007  , 25% des consommateurs n’achètent pas de fruits et légumes frais et la consommation de ces denrées aurait baissé de 15% entre 1999 et 2003. En cause, leurs  prix trop élevés !  C’est donc un échec cuisant pour le Plan national nutrition santé (PNNS) lancé en 2000 et son slogan « manger cinq fruits et légumes par jour ». « Entre tous les nouveaux produits qui sont entrés dans votre vie, les abonnements free truc et les téléphones box machin, vous achetez toujours plus et vous ne vous en rendez pas compte. Ne vous étonnez pas de ce paradoxe, il est à la base même d’un système qui ne rêve que de cela : vous faire consommer encore et encore et, dans le même temps, être sûr que vous en soyez frustré pour que vous dépensiez encore plus. Ce système s’appelle le libéralisme. » (La parole est à la dépense, François Reynaert, Le Nouvel Observateur, Avril 2007)

 

[43] La part de l’alimentaire est passée de 26,9% dans les années 60 à 13,9% aujourd’hui…

 

[44] Il y a aussi moins de viandes, moins de produits laitiers, moins de confiseries, moins de plats cuisinés et une qualité nutritionnelle bien supérieure ! Les différents arguments se trouvent dans un article sur le blog du Mendiant : http://lemendiant.over-blog.com/   « Les grandes surfaces ne sont pas vraiment moins chères pour les produits frais », rappelle aussi Michel Ebran dans Que Choisir (sept 2004).

 

[45] « Que ta nourriture soit ton médicament et ton médicament ta nourriture » recommandait Hippocrate, le père de la médecine.

 

[46] Paracelse (1493-1541) : alchimiste et médecin suisse, père de la médecine hermétique

 

[47] Les tests réalisés en avril 2004 à l’initiative du fonds mondial pour la nature (WWF) ont décelé dans le sang des parlementaires européens une cinquantaine de produits chimiques toxiques dont des résidus de pesticides retirés du marché depuis des années…

 

 

[48] L’aviation civile représente 2% des émissions mondiales de CO2, c’est-à-dire l’équivalent de toutes les émissions des activités humaines d’un pays comme la France ! (Que Choisir N°450, Juillet 2007) Un Paris-Marseille émet 157 kilos de CO2 en voiture, 94 kilos en avion et seulement 5 en TGV ! La construction de la ligne TGV pose toutefois d’autres problèmes…

 

[49] Un paysan disparaît toutes les 20 minutes en France et toutes les 3 minutes dans l’ex-Europe des quinze. En effet, du fait de la mécanisation massive et de l’agrandissement des exploitations, l’activité agricole, à surface égale, est exercée par dix fois moins de personnes qu’il y a cinquante ans… Néanmoins, 8 millions de Français (39% des citadins) auraient le désir de s’installer à la campagne…

 

[50] Outre les ravages de l’environnement, les pesticides sont responsables de l’augmentation exponentielle des cancers, malformations sexuelles, stérilités et autres maladies dégénérescentes telles que la maladie de Parkinson. Les agriculteurs qui les manipulent sont évidemment les premières victimes. 48% des aliments contiennent des pesticides et une pomme subit jusqu’à 36 traitements… Voir le livre Pesticides, révélations sur un scandale français de Fabrice Nicolino et François Veillerette (Fayard, 2007)

 

[51] S’ils ne sentaient que mauvais ! Soumis à un stress permanent, privés de confort, de soleil et d’aliments décents, les animaux élevés de façon intensive sont gavés d’antibiotiques qui se retrouvent dans nos assiettes et participent à la résistance des bactéries. La problématique de la malbouffe fera l’objet d’un autre conte à rebours… En attendant, vous pouvez toujours visionner les excellents petits films d’animation The Meatrix : http://www.themeatrix.com 

 

 

[52] « Si l’abeille disparaît de la surface du globe, l’homme n’aura plus que quatre années à vivre : plus d’abeilles, plus de pollinisation, plus d’herbe, plus d’animaux, plus d’hommes… » (Albert Einstein). 20 000 végétaux et 40% des plantes cultivées dépendent des abeilles pour être cultivées. Or, depuis 1995, un tiers des colonies d’abeilles meurent chaque année en France ! Le séquençage complet du génome de l’abeille a en effet révélé que l’abeille domestique était plus vulnérable aux produits chimiques que la plupart des insectes… Du coup, elles s’épanouissent parfois mieux en ville !

 

[53] Sous contrôle d’huissier, il a été démontré que les parcelles et les ruches situées à proximité d’un champ de maïs OGM avaient été contaminées dès la première année: à hauteur de 0,3% pour la parcelle située à 15 m et à hauteur de 39% pour le pollen de la ruche située à 1200 m (Que Choisir N°442, Novembre 2006) Un taux de moins de 0,9% d’OGM n’entraîne pas d’obligation d’étiquetage sur les produits, et les consommateurs ne sont pas informés si les animaux qu’ils consomment ont été ou non nourris aux OGM alors que 80% des OGM sont destinés à l’alimentation animale… Résultat : les OGM sont déjà partout ! La plupart des biscuits et confiseries seraient contaminés, de même que les produits light et les produits laitiers du grand commerce. Voir le guide de Greenpeace sur http://www.detectivesOGM.org Et depuis le vote par le Conseil européen, le 12 juin 2007, de la nouvelle réglementation de l’agriculture biologique, les produits estampillés bio pourront également en contenir ! Cela arrangera bien les industriels et contribuera à perturber encore un peu plus les consommateurs. Des labels indépendants comme Nature & Progrès ou Demeter continueront évidemment à perpétuer le véritable esprit bio, mais à quel différentiel de coût par rapport au bio galvaudé ?

 

[54] Les 100 milliards d’emballages ménagers utilisés tous les ans en France génèrent 4,7 millions de tonnes de déchets… Du fait notamment de tous les produits vendus en monodoses, les déchets d’emballage ont augmenté de plus de 500% en cinq ans. Globalement, un Français produit aujourd’hui deux fois plus d’ordures qu’il y a quarante ans, soit 360 kilos d’ordures par an et par habitant. Le moindre geste est bénéfique : si une personne sur dix réduisait sa consommation d’emballage de 5%, nous éviterions déjà 50 000 tonnes de déchets par an.

 

[55] 80% des détritus électroniques produits dans le monde (notamment les vieux ordinateurs) finiraient en Chine, où leurs composants toxiques polluent sols et cours d’eau et contaminent la population vivant à proximité des dépotoirs… en dépit des conventions internationales qui interdisent le trafic de produits toxiques. La pollution en Chine cause chaque année la mort prématurée d’au moins 750 000 personnes.

 

[56] Sur les dix marques de jouets principales, seul Playmobil fabrique des jouets « exempts de substances chimiques qui persistent dans l’environnement, s’accumulent dans le corps humain ou qui sont susceptibles de provoquer le cancer, d’être des neurotoxiques ou des perturbateurs hormonaux. » « Ils utilisent sciemment des substances chimiques dangereuses alors qu’ils savent pertinemment que les enfants sont les plus vulnérables à leurs effets » dénonce Greenpeace. (Sous le sapin des toxiques, Quelle santé N°11, Décembre 2006, Amel Bouvyer, p.6) Et les Chinois ne sont pas forcément en cause : si les importateurs occidentaux acceptaient de mieux les payer, ils pourraient faire de la qualité !

 

[57] Trois études internationales ont montré que le sang des cordons ombilicaux des nouveaux nés contient des centaines de molécules toxiques…

 

[58] En termes de génétique, les chimpanzés partagent 99.4% de nos gènes fonctionnellement importantes et 98.4% de nos gènes moins importantes…  L’homme est au chimpanzé ce que l’âne est au cheval… A noter aussi que notre ADN est déjà commun à 11% avec le riz et à 30% avec une bactérie…

 

[59] Les laboratoires assurent 80% du financement des agences chargées d’autoriser la commercialisation des médicaments et 98% de la formation continue des médecins. Lors de 74% des visites médicales, les effets indésirables du produit sont passés sous silence. (Samia Dechir, Marianne, 24 juin 2006)

 

[60] Il y aurait en France 140 000 accidents médicamenteux (effet iatrogène) et de 12000 à 18000 morts par an. Selon l’OMS, les médicaments seraient, selon les pays, entre la quatrième et la sixième cause de mortalité !

[61] Sept Français sur dix déclarent souffrir d’au moins une maladie ou un trouble de santé sérieux, une maladie chronique dans la plupart des cas. C’est ce que révèle l’enquête décennale santé de l’INSEE menée sur 40 000 personnes. Chaque personne déclare « un jour donné », en moyenne 2,9 troubles de santé. (Pratiques de Santé N°68, 16 juin 2007) Les Français prennent, en moyenne, une boîte de médicaments par semaine, soit deux ou trois fois plus que leurs voisins européens ! Passé 75 ans, les Français prendraient en moyenne 5 à 6 médicaments différents par jour. Si notre espérance de vie est de 75,9 ans pour les hommes et de 83,5 ans pour les femmes, respectivement 6,6 et 8,8 années seraient passées en mauvaise santé…

 

[62] Définition de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) : « La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. »

[63] Le sociologue Philip Brickman a montré que gagner au loto apportait souvent plus de solitude, d’ennemis ou de vide. Au contraire, devenir paraplégique n’affectait pas la capacité au bonheur sur le long terme. (David Servan-Schreiber, Psychologies magazine, Avril 2007)

 

[64] Jusqu’à 25 % des médicaments consommés dans les pays pauvres sont des faux ou des produits de qualité inférieure. Ainsi, dans les années 1990 au Nigéria, 200 enfants sont décédés après avoir absorbé un sirop contre la toux auquel avait été mélangé un solvant industriel…

 

[65] Coach potatoes ou patates de salon, nom donné par les américains à l’homo zappiens, espèce acclimatée à un environnement télévisuel bien huileux et bien gras. Un Américain regarde la télévision près de huit heures par jour en moyenne et un sur quatre est obèse !

[66] Travail vient du bas latin tripalium, qui désigne un instrument de torture formé de trois pieux. « Choisissez un travail que vous aimez : vous n’aurez pas à travailler un seul jour de votre vie » disait Confucius. « Le secret du succès, c’est de faire coïncider vocation et vacances » renchérissait Mark Twain.

 

[67] Jean Corvisart (1755-1821). L’efficacité moyenne du placebo se situerait en moyenne autour de 30 %, quelque soit la pathologie traitée. Aujourd’hui, 35 à 40 % des prescriptions en médecine concerneraient des placebos impurs (les indications ne correspondent pas aux symptômes à traiter.)

[68] Le 30 octobre 1938, Orson Welles déclencha une panique lorsqu’il lut à l’antenne des extraits de la nouvelle de H.G. Wells La guerre des mondes. Et il n’y avait même pas d’images ! En décembre 2006, la RTBF belge a présenté « en direct » la scission de la Belgique après la déclaration unilatérale de sécession du Parlement flamand… Malgré le bandeau « Ceci n’est peut-être pas une fiction » suivi en cours de programme par « Ceci est une fiction », une bonne proportion des téléspectateurs y ont cru…

 

[69] Pour toute l’histoire de Jean-Jacques, le lecteur se référera au conte philosophique Le Mendiant et le Milliardaire (Editions Jouvence, 2007)

 

[70] La formule est du philosophe Jean-Pierre Dupuy, auteur aux éditions du Seuil de Pour un catastrophisme éclairé : quand l’impossible est certain et de Retour de Tchernobyl : journal d’un homme en colère (Philosophie magazine, Juin 2007, p.33)

 

[71] Article republié le 31 janvier 2007

 

[72] Les tumeurs de la prostate et les maladies de Parkinson ont triplé depuis vingt ans ; les cancers du sein et les cas d’Alzheimer ont doublé ; le taux moyen de spermatozoïdes chez les hommes a diminué de 50% en deux générations ; 15 % des couples sont stériles et 7% des français allergiques ; le nombre d’obèses en France a quasiment doublé depuis 1997 et atteint désormais presque 1 habitant sur dix… Sept Français sur dix déclarent souffrir d’au moins une maladie ou un trouble de santé sérieux, une maladie chronique dans la plupart des cas. C’est ce que révèle l’enquête décennale santé de l’INSEE menée sur 40 000 personnes. Chaque personne déclare « un jour donné », en moyenne 2,9 troubles de santé. (Pratiques de Santé N°68, 16 juin 2007) La problématique de la santé et des médicaments fera l’objet d’un autre conte à rebours…

 

[73] Pour d’autres Règles de Vie, voir le site du Mendiant.

 

[74] 18 000 lobbyistes feraient en permanence le siège de la Commission européenne de Bruxelles. Alors quelques-uns de plus…

 

[75] Sur 210 millions d’enfants de 5 à 14 ans forcés de travailler dans le monde, plus de 10 millions le sont dans des secteurs d’exportation contrôlés par des multinationales occidentales. 80% des terres cultivées dans le monde le sont pour l’exportation et 70% des pesticides utilisés dans les pays du tiers-monde le seraient pour des produits destinés à l’exportation. De même, on estime que si les pays producteurs consacraient le fruit de leur sous-sol (qui s’élève à environ 1 000 milliards de dollars par an) à leur développement, ils n’auraient besoin d’aucune aide extérieure (Pétrole et minerais équitables ?, L’Express, 14 décembre 2006) Quant aux agrocarburants, ils opposent « 800 millions d’automobilistes à 2 milliards de paysans pauvres » (L’Ecologiste N°22) De fait, les “biocarburants” sont l’une des plus grandes arnaques écologiques de ces dernières années.

 

[76] La forêt amazonienne représente, avec une surface de 4,2 millions de km2, plus de la moitié des surfaces de forêts tropicales subsistantes dans le monde. Elle abrite 30% des espèces animales et végétales de la planète. Entre 2003 et 2004, 26 130 km² de végétation ont néanmoins disparu, soit près de 20% de la superficie totale…

 

[77] La France a par exemple demandé à Bruxelles de restreindre la communication au public sur les évaluations des risques des OGM pour la santé humaine au prétexte que cela pourrait « nuire à la position concurrentielle des entreprises qui se sont lancées dans l’aventure.» « Combien de reportages réalisés sur les méthodes utilisées dans le secteur des hypermarchés […] ont-ils été, finalement, « trappés » par les télés, après intervention de « cabinets d’influence », mettant en valeur le poids des annonceurs publicitaires de ce secteur ? Combien de sujets dérangeants pour des grands laboratoires pharmaceutiques ont-ils, finalement, été « sucrés », parce que certains journalistes célèbres du média concerné effectuaient des « ménages » rétribués pour les laboratoires en question, ce qui constituait un moyen de chantage ? » s’interroge le magazine Marianne (Comment on vous désinforme, 27 janvier 2007). Voir aussi le livre de Paul Moreira Les nouvelles censures. Dans les coulisses de la manipulation (Robert Laffont, 2007)

 

[78] « Pourquoi les journalistes se révoltent » s’interrogeait ainsi le magazine Marianne (7 juillet 2007). Réponse : « Parce que, depuis quelques mois, des faits graves se sont multipliés, dont l’accumulation représente une menace fondamentale pour l’indépendance et le pluralisme de l’information en France. ». Seulement depuis quelques mois ? Eva Joly, dans son livre Est-ce dans ce monde que nous voulons vivre ? (Les Arènes, 2003) est plus radicale : « Sur les seize premières sociétés françaises, onze d’entre elles interviennent dans un secteur sensible où la pratique de la grande corruption est courante […] Mais cette réalité est rarement évoquée directement. D’autant plus que la plupart des médias nationaux appartiennent à ces groupes, ce qui ne pousse ni à la curiosité ni au débat. » (p. 218)

 

[79] Le 21 juin 1995, les téléspectateurs de TF1 découvraient en prime time, lors de la première émission de Jacques Pradel “l’Odyssée de l’Etrange“, “l’autopsie” d’une créature venue d’ailleurs… Il s’agissait d’un canular doublé d’une opération commerciale. La cassette vidéo se vendra notamment à 20 000 exemplaires.

 

[80] Selon l’expression « un peu caricaturale » de Patrick Le Lay, ancien PDG de TF1.

 

[81] « Les solidarités apparaissent en fait comme le vrai moteur de la vie » rectifie le botaniste Jean-Marie Pelt (La solidarité chez les plantes, les animaux, les humains, Fayard, 2004, p. 8) « S’il écrivait qu’en recherchant leur intérêt personnel les individus œuvrent pour le bien-être général de la société, Adam Smith était plus conscient des limites de ce raisonnement que beaucoup d’adeptes actuels de cette doctrine. » précise le prix Nobel d’économie Joseph E. Stiglitz. (Quand le capitalisme perd la tête, Fayard, 2003, p.301) Bref, si la globalisation est un fait, la doctrine néolibérale est un choix et ce n’est ni le choix de la vie, ni celui des peuples !

[82] Il a aussi été scientifiquement démontré que plus un médicament était cher et plus il avait de chance d’être efficace…

 

[83] Sur les 7 200 guérisons étonnantes examinées depuis cent cinquante ans à Lourdes, 2 000 n’ont pas reçu d’explications médicales et 67 ont été reconnues comme miraculeuses par l’Eglise. (Le Point, 5 avril 2007) La prière a également été reconnue comme un facteur de santé et de bien-être. « Réserve une demi-heure chaque jour à la prière, sauf lorsque tu as beaucoup à faire. Dans ce cas, prends une heure » recommandait Saint François de Sales.

 

[84] Des études scientifiques révèlent toutefois que, du fait de la pollution, de la malbouffe et d’un mode de vie de plus en plus sédentaire, l’espérance de vie de nos enfants pourrait être plus courte que la nôtre. Ce serait déjà le cas aux Etats-Unis…

 

[85] « La démocratie est l’organisation sociale qui tend à porter au maximum la conscience et la responsabilité civique de chacun » (Marc Sangnier)

[86] En février 2004, la revue Prescrire a fait le résumé de 23 ans (de 1981 à 2003 inclus) de cotation par des médecins et des pharmaciens indépendants des nouveaux médicaments. Selon ces professionnels, « 10% des nouveautés enregistrées par les autorités sanitaires servent à quelque chose, 16% éventuellement, alors que 70% ne servent à rien »  « L’industrie pharmaceutique devrait fabriquer des médicaments pour guérir les malades, mais elle fabrique des malades pour vendre ses produits » écrivait le 16 novembre 2002 le British Medical Journal.

 

[87] En 1997, 39 multinationales ont attaqué en justice le gouvernement d’Afrique du Sud qui voulait fabriquer et importer des médicaments génériques pour soigner ses malades du sida. La plainte ne fut retirée qu’en avril 2001, devant le tollé suscité dans l’opinion publique.

 

[88] Bruxelles a distribué gratuitement plus de quotas pour la période 2005-2007 qu’il n’y a eu d’émissions réelles. Résultat, le prix du carbone s’est effondré autour de 1 euro. Le niveau des émissions réelles françaises en 2005 était de 13% inférieur aux quotas attribués, ce qui a permis aux entreprises polluantes de les revendre aux sociétés soumises à de vraies contraintes…

 

[89] « Rappelez-vous de moi ceci : je ne vous ai pas appris à donner, mais à recevoir. » (Khalil Gibran, Le jardin du prophète, Mille et une nuits, 2000, p. 48) L’un des drames de notre époque : ne plus savoir recevoir avec gratitude ce qui n’est pas un dû mais une chance…

 

[90] L’Unicef estimait qu’un million et demi d’enfants mouraient chaque année des effets directs ou indirects de l’alimentation au biberon, soit un enfant toutes les trente secondes. Mis à part la qualité de l’eau, cette hécatombe provenait du problème de stockage et d’une dilution excessive de la poudre, entraînant une malnutrition massive. « Le cycle de la diarrhée et de la malnutrition est baptisé commerciogenic malnutrition [terme du Dr Jelliffe], une malnutrition provoquée par la recherche du profit » Mais le summum de la perversité était atteint avec la distribution d’échantillons : « une fois que les échantillons ont été utilisés, la mère découvre souvent que sa production de lait ne suffit plus à allaiter le bébé » (Dominique Predali, Les dessous de l’agro-alimentaire, Editions du Dauphin, 2001) D’un autre côté, le lait en poudre permettrait de limiter la propagation du Sida et l’Unicef est parfois accusé de dogmatisme. Le sujet est donc plus complexe qu’il n’en a l’air…

 

[91] En cinq ans, les bénéfices des firmes du CAC 40 ont crû de 54% tandis que leurs investissements chutaient de 41% (Capital N°184, Janvier 2007). En 2006, les bénéfices des 40 plus gros groupes français ont atteint les 100 milliards d’euros… La France est le pays d’Europe où les indemnités de départ des grands patrons sont les plus élevées, en moyenne « le double du total de leur salaire de base et de leur bonus annuel » selon une étude du cabinet Hay Group (Marianne N°530, 19 juin 2007, p. 51) « En France, un PDG du CAC 40 touche en moyenne 298 smic, c’est-à-dire qu’il gagne plus par jour ouvrable que le salaire annuel d’un ouvrier. » (Ils ne sont plus dans la « vraie vie », Le Nouvel Observateur, 21 décembre 2006) Henry Ford estimait pourtant qu’un patron devait gagner au maximum vingt fois plus qu’un ouvrier…

 

[92] « Chaque jour en France une personne se tue à cause du travail. Ou, plus exactement, des relations dans l’entreprise. […] On meurt de la pression quotidienne, de l’obligation de résultat et de la compétition interne […] L’idée d’une solidarité entre les salariés passe, elle, pour ringarde. » (Le travail tue, Guy Konopnicki, Marianne, 17 mars 2007, p.13) « Le harcèlement moral est devenu un mode de management » confirme Dorothée Ramaut (Journal d’un médecin du travail, Le Cherche-Midi) Il y a 12 000 morts par suicide tous les ans en France.

 

[93] Selon l’Insee, les salaires n’ont progressé en euros constants (hors inflation) que de 3,1% entre 1994 et 2004 tandis que le PIB augmentait de 18%. Pire : entre 1996 et 2004, les employés ont connu une baisse de 1,6% et les salariés à temps partiel une baisse de 2,2%. Or, un employé sur deux, majoritairement des femmes, est à temps partiel… (Dix ans que les employés s’appauvrissent, Marianne, 7 octobre 2006)

 

[94] « C’est un engrenage, on est obligé de consommer pour être acceptés par nos amis. Il y en a, on se moque d’eux parce qu’ils sont pas bien habillés, ils sont moches, ils ont des vêtements bizarres, pas beaux, pas marqués quoi » ; « On a été attaqués mentalement par les marques. On sait très bien qu’on se fait exploiter, manipuler, mais c’est fini, c’est comme ça […] et mes enfants ce sera pareil. Dès qu’il va naître je vais l’incendier de marques » (Interview de jeunes consommateurs aux Halles à Paris, cité par Paul Ariès, La Décroissance N°23, Septembre 2004)

 

[95] Il s’agit évidemment là d’une mauvaise interprétation du carpe diem d’Horace, le poète et philosophe invitant au contraire à jouir sans détour, avec les moyens du bord.

[96] Kellogg’s a ainsi été condamné le 30 janvier 2008 pour «publicité mensongère» :  entre janvier 2001 et 2004, le leader mondial des céréales a menti sur la teneur en matières grasses affichée sur les paquets Spécial K en indiquant «Le petit déjeuner avec Spécial K, 0% de matière grasse ». Montant de l’amende ? 15.000 euros !  Rappelons que Kellogg’s a réalisé en 2007 un chiffre d’affaires de 11,8 milliards de dollars et 1,1 milliard de dollars de bénéfices…  Nous prendrait-on par hasard pour des CONsommateurs ? Sur cette problématique, voir le petit conte alimentaire Bon appétit !

 

Aug 15

 

Cybèle

 

ô toi, que l’Antiquité nomma la mère des dieux, Cybèle, Terre ; qui soutient mon existence fugitive, inspire moi, au fond de quelque grotte ignorée, le même esprit qui dévoilait les temps à tes anciens oracles.

 

C’est pour toi que le soleil brille, que les vents soufflent, que les fleuves et les mers circulent; c’est toi que les heures, les zéphirs et les néréides parent à l’envie de couronnes de lumières, de guirlandes de fleurs et de ceintures azurées; c’est à toi que tout ce qui respire suspend la lampe de la vie. Mère commune des êtres, tous se réunissent autour de toi ; éléments, végétaux, animaux, tous s’attachent à ton sein maternel comme tes enfants.

 

L’astre des nuits lui-même t’environne sans cesse de sa pâle lumière. Toi seule, au milieu de ces grands mouvements, présentes l’exemple de la constance aux humains inconstants.